I20 LA BIENVENUE
Sus donc France, sus donc, que gaillarde on te voye 60 Parmy les carrefours dresser les feux de joye, Qu'on respande du vin, & que le peuple esmeu D'allégresse, en dançant tout à lentour du feu, De chapeletz de fleurs se couronne la teste ', 64 Et qu'à jamais le jour de son retour soit feste. Sus donc, embrasse moy ce Seigneur désiré. Que hors de la prison tu eusses retiré Aux despens de ton sang & de ta propre vie, 68 Et que ton peuple avoit de racheter envye. Si le Prince veinqueur eust de grâce permis Qu'on l'eust pour de l'argent en liberté remis*.
60. On lit en ^ç dresse (éd. suiv. corr. ; en outre h mst cité par Du Bouchât porte dresser) 68. S4-S/ Et que le peuple 70. jS-Sj Qu'une riche rançon en liberté l'eust mis
la duchesse d'Etampes qui dominait alors François I", il ne rentra en faveur qu'à l'avcnemeni de Henri II. Celui-ci, qui l'appelait son père, ainsi que le faisait la princesse Marguerite, ne pouvait se passer de lui, et le désir de le délivrer de captivité dut être pour beaucoup dans les concessions faites par ce roi au traité du Cateau-Cambrésis. — Le portrait qu'en trace ici Ronsard, après celui de VOiù de la Paix (tome III, p. 26) et celui du Temple dfs Ch.islillons (tome VIII, p. 74), souffre bien des réserves, car il fut cruel et cupide. Toutefois il s'est conduit souvent en « homme d'Etat », et c'est le caractère qui l'oppose nettement à ses rivaux les Guises, qu'animait seule l'ambition familiale; de plus, il fut toujours dans les conseils, l'apôtre de la paix (cf. L. Romier, op. cil,, tome I, p. 57).
1. Chapelets signifie ici petits chapeaux, couronnes ou guirlandes de fleurs.
2. Ronsard a voulu dire ou bien que le Connétable fut remis en liberté sans rançon, auquel cas il était mal renseigné ; ou bien que, si cette rançon avait été trop forte, le peuple de France eût volontiers contribué au rachat. C'est ce dernier sens que j'adopte, conformément à la vérité historique. — Quoi qu'en ait dit Carloix, rédigeant les Mémoirei du maréchal de Vicilleville (livre VII, chap. 26), ce n'est pas « pour être quitte de sa rançon .à M' de Savoye » que le Connétable aurait ménagé le mariage de celui-ci avec la sœur de Henri II et lui aurait obtenu la restitution de ses Etats.
Que le Duc ait proposé d'abord au Connétable de lui « quitter toute sa rançon », le fait n'est pas douteux ; mais le Connétable n'y consentit pas. Qu'il y ait eu ensuite un marchandage entre ces deux hommes, c'est