‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 3)Chapitre 25 sur 215 · Sj sautellans d'allégresse... vostre prouesse · texte numérisé non relu

Sj sautellans d'allégresse... vostre prouesse

I. Ces différentes provinces, qui avaient appartenu au xv« siècle à la deuxième maison de Bourgogne, relevaient autrefois de la couronne de France. L'Artois avait été annexé par Philippe Auguste; le Brabant ne le fut qu'au temps de Charlemagne ; au xV siècle il avait seulement échu par héritage à Philippe le Bon, qui était duc de Bourgogne et non pas roi de France, mais que le traité d'Arras de 1455 avait affranchi de toute vassalité à l'égard du roi de France. Quant .i la Bourgogne, on peut se demander ce que Ronsard désigne ici sous ce nom. Ce n'est certainement pas la duché de Bourgogne proprement dite, donnée en apanage par le roi Jean le Bon à son fils cadet Philippe le Hardi et rattachée définitivement .i la couronne de France sous Louis XI en 1482, en même temps que la Picardie. Serait-ce l'ancienne comté de Bourgogne(dénomniée des le xvi' siècle Franche-Comté), que Philippe le Hardi avait ajoutée à sa duché en 1384 et qui était en 1558 sous la domination du roi d'Espagne Philippe II ? Nous ne le pensons pas, vu que les soldats auxquels Ronsard s'adresse campent en Picardie et n'ont combattu en 1558 que dans la partie nord des anciens états bourguignons. C'est donc probablement à cette partie nord que notre poète étend le nom général de Bourgogne ; le contexte l'indique aussi. Il dit ailleurs « la .Meuse bourguignonne », les « soldats bourguignons »,en pensant à cette même région (voir les tomes VII, p. 5, var. du vers 4; VIII, p. 42, note 3 ; ci-après, Hymne du Cardinal de Lorraine, vers 346).

Voyans dans l'estomac peinte vostre vaillance '.

Sus donc branlez la pique au son du tabourin, 52 Maugré les ennemys baignez vous dans le Rhin,

Et dans vos morryons puysez l'eau pour en boire, ■ Comme si ce fust l'eau ou de Seine ou de Loire. \^ous, Alenians, aussi, qui de loing estrangers 56 Venez pour secourir la France en ses dangers ^,

Bandez vos pistolets, & faittes aparoistre

Que de vostre païs est issu nostre Ancestre '.

Et vous, nobles François, montrez vous gens de bien 60 Vers le Roy qui jamais ne vous refusa rien,

Soit offices, ou dons, ou amendes, ou grâces,

Q.ui par force ne prend vos terres ny vos places,

Comme un cruel Tyran, & qui dans vostre lit 64 Jamais ny vostre fille ou femme ne ravit,

Q.ui ne vous fait mourir par fraude, ou par colère,

Mais comme un Roy Chrcstien est doux & débonnaire,

Et comme son enfant duquel il a soucy, 68 Vray père, aime son peuple & sa noblesse aussi.

Je voy desja, ce semble, en ordre nos gendarmes,

J'oy le bruit des chevaux, j'oy le choquer des armes.

Je voy de toutes pars le feretinceller 72 Et jusques dans le ciel la poudre + se mesler,

Page 1