Guerdonuer (dans la variante) = récompenser
Roniard, XIII. 9
ijO ÉLÉGIES
Ne renverse jamais l'ancienne police Du païs où les loix ont fleuri si long temps : Ce n'est que nouveauté qui couve une malice : 1072 Si un s'en resjouist, mille en sont mal coutens,
Jamais, si tu m'en croy, ne souffres par la teste De ton peuple ordonner tes statutz ny tes loix' : » Le peuple variable est une estrange beste 2, 1076 » Qui de son naturel est ennemi des Rois.
N'offense le commun pour aider à toymesme >, Des grands & des petitz sois toujours le support : » La propre conscience est une géhenne extresme, 1080 » Quand nous avons péché, qui toujours nous remord.
Et bref, mon cher Nepveu, pour régner prens exemple Aux Rois tes devanciers. Princes chevaleureux : Si leurs faitz pour patron ta jeunesse contemple, [36 v°] 10S4 Tu seras non pas Roy, mais un Dieu bien-heureux ■*.
Le Chœur des Bergères.
Tout ainsi qu'une Prairie Est portraitte de cent fleurs, Cette neuve Bergerie
1079. yS-Sy graphie ui;e genne
1. Ne souffre p.-is que tes lois soient le résultat de délibérations du peuple. — C'est le principe de l'autocratie.
2. Souvenir d'Horace, Epist., 1, i, 76 : Bel'iua multorum es capitum.
?. Ne nuis pas à l'intérêt général pour satisfaire ton propre intérêt.
4. Ces quatrains moraux réprennent sous une forme lyrique les conseils de V Institution pour l'adolescence du roy (ci. t. XI, p. 5 etsuiv.). Ils devancent de dix ans ceux de Pibrac.
ÂIASCA6ADÈS ET BERGERIE i jï
Est peinte de cent couleurs.
Le Poëte icy ne garde L'art de l'Eglogue perfait :
Aussi sa Muse regarde A traitter un autre fait '.
Pource, Envie, si tu pinces Son nom de broquars légers, Tu faux : car ce sont grands Princes Q.ui parlent, & non Bergers.
Il mesprise le vulgaire, Et ne veut point d'autre loy, Sinon la grâce de plaire Aux grands Seigneurs & au Roy ^.
A LA Magesté du Roy mon maistre.
Si les souhaitz des hommes avoient lieu, Et si les miens estoient ouiz de Dieu, Je luy ferois une requeste, Sire, De vous donner, non un meilleur Empire,
1091. 71-Sj la Muse
1100. S4 A ses Muses & au Roy
1099- 1100.57 Pour ceste fois, sinon pl-ure Aux grands Princes .S; au Roy
ÉorriONS : Elégies, Masc. et Bergerie. 1565. — (J-uvres (Elégies, I" livre) 1567 à 1575 : (W., livre unique) 1578 ; (Bocage royal, 1" partie) 1584, 1587 et éd. suiv.
Titre éj-j^ Elégie au Roy | 7^ Au Roy. Elégie | <f./-i'7 A luy-mcsnie {c.-à-d. Au mesine)
1. C.-à-d. : La Muse du poète avait une autre intention que celle de l'Eglogue ordinaire. Elle .i voulu traiter un sujet de politique extérieure et de « police » intérieure.
2. Principe littéraire aristocratique souvent émis par Ronsard; v. ciaprès, Elégie à Cecil, vers 34 et la note.
Non plus de grâce, ou plus grande beauté, Non plus de force, ou plus de Royauté, Ou plus d'honneur pour illustrer vostre aage, 8 Mais vous donner six bons ans d'avantage '.
Lors vous seriez en aage tresparfait.
Et je verrois accomply mon souhait, Qu'avecque moy tout le peuple souhaitte
12 Pour une joye accomplie &; parfaitte.
D'où vient cela qu'au retour des beaux mois On voit les fleurs, les herbes & les bois Croistre soudain, & les Roys de la terre,
16 Q.ui desouz Dieu ont le second tonnerre,
Qui doivent tant de provinces tenir, Mettre en croissant si long temps à venir ? Et toutefois ils sont de Dieu l'image,
20 Ses filz ainez ont la terre en partage,
Luy tout le Ciel : «S: qui résiste au Roy [î7 v°]
Résiste à Dieu, & si n'a point de loy^.
Mais lors qu'un Prince a pleine cognoissance
24 De ses sujetz, il a plus de puissance.
Quand Juppiter dedans Crète habitoit, Et qu'Amalthée en l'antre l'alaitoit, Et que petit, avecque sa compagne
28 Nede, rampoit sur Ide la montagne >,
9-12. 84-8"/ suppriment ces 'quatre vers 19-22. yS-Sj suppriment ces quatre vers 23. 75-é?7 Alors qu'un Prince
1 . duand cette pièce fut écrite, probablement au moment où Charles IX fut déclaré majeur (août 1565^, ce roi venait d'avoir 13 ans. Ronsard regrette qu'il soit si jeune et voudrait le voir entré dans sa vingtième année.
2. C.-à-d. : et ainsi, et par suite n'a pas de religion. Pour ce sens du mot loy, v. ci-après le vers 54.
3. Et que, accompagné de la nymphe Néda, il rampait sur le mont Ida en Crète (et non pas en Phrygie, comme le dit Marcassus). Cf. t. VII, p. 38 et suiv.
Il n'estoit craint, bien que sa majesté Dessus son front montrast meinte clarté. Mais aussy tost qu'il gaingna le trophée
52 Du fort Bryare, & du géan Typhée,
Et qu'il eust mis la foudre entre ses mains,
Lors il fut craint des Dieux «S: des humains.
Charles, c'est vous à qui le destin donne
56 Non seulement la superbe couronne
Qiie voz ayeux desur le chef portoient, Et de leur nom les peuples surmontoient, Le Ciel amy de vos vertus appelle
40 \'ostre jeunesse à victoire plus belle.
Car aussi tost que vostre beau menton Sera doré d'un jaunissant cotton, Comme Alexandre aurez l'ame animée
44 Du chaut désir de conduire une armée
Outre l'Europe, & d'assautz vehemens Oster le Sceptre aux puissans Ottomans, Qiii souz leurs mains par armes ont saisie
48 La plus grant part d'Europe & de l'Asie,
Et qui hardis d'hommes & de vaisseaux [38]
Et d'avirons veulent couvrir les eaux.
Qu'on voit florter dessus la mer Tyrrhene ' :
S2 Et leurs soldats camper dessus l'arène
30. 8j Desja monstrast mainte vive clairté ji. <S7 il dressa le trophée jS. Sy Et de leur bruit 41. jS-Sj Incontinent que 48. S4-S7 Tout ]c meilleur
49-50. /S-Sy Lesquels hardis... Ont d'avirons ja couvertes les eaux
I. Les Turcs s'aventuraient avec leur Hotte jusque dans la mer Tyrrhénienne, depuis qu'ils avaient aidé la notre à reprendre la Corse aux Génois (cf. t. IX, p. 105, note 2).
Ou de Secille ou de Calabre, afin Que nostre loy par le Turc prenne fin : S'il ne vous plaist d'un valeureux courage
56 Vostre puissance opposer à leur rage.
Et bien qu'ils soient hautains & glorieux De tant de Rois les Rois victorieux', Et que d'enflure ayent l'ame grossie,
60 Si craignent-ils pourtant la Prophétie^.
C'est qu'un grand Roy de France doit un jour^ En les doiîitant & chassant du séjour Que Constantin esleut pour sa demeure 3,
64 Rompre leur Sceptre & d'une foy meilleure
Gangner les coeurs des peuples Asiens, De Circoncis en faire des Chrestiens, François d'habis, de meurs, & de langage 4.
68 Je me prometz par signe, & par présage,
Et par augure, & par sort, que c'est vous Qui les devés abbattre souz vos coups Et que vous seul en aurez la victoire,
72 Et de Mahom efacerez la gloire 5.
52-55. yS-Sy Ont ja cimpo leurs solJ.irs sur l'arène De la Sicile & de Calabre
59. jS'Sj Et que d'enflure ils ay'ut (5./ .lynt) 70. 78-Sy abbatre à voz geuous
1. De l'Asie Mineure, conquise au xiv' s., ils avaient passé en Europe, vaincu les Serbes à Kossovo (1589), une armée de croisés â Nicopolis en Bulgarie (i5-)6), dominé tout l'empire byzantin au xv° s.: aussi étaient-ils redoutables pour les autres pays chrétiens.