LIVRE IV
Où " maintenant par trop de connoissance Je sens mon mal, et si je n'ay puissance De délivrer mon esprit afligé, Que tes beaux yeux retiennent engagé.
Il dist ainsi : meinte larme roulée Onde sur onde en son sein est coulée : Hyante alors soupirant d'autre part ' Contre-respond : Troyen, il est trop tard Pour deviser, et la nuit sommeilleuse De noz propos est, ce semble, envieuse, Chacun nous voit et jette l'œil sur nous : » Du fait d'autruy le vulgaire est jaloux : Allon dormir, la nuit nous le conseille. Si le matin des l'Aurore vermeille Te plait venir au boccage sacré [i^^]
Où mes ayeux au beau milieu d'un pré Ont fait bastir d'Hécate le grand temple, Plus privément en imitant l'exemple Des amoureux, tu me diras ton soing Et j'en prendray la Déesse à tesmoing.
Ainsi disant, main en main se pressèrent Et tous honteux à regret se laissèrent : Mais le soucy ne laissa sans gémir Les deux amans toute la nuit dormir.