DEUXIÈME PARTIE
A rhorizon, les lanternes du chemin de fer traçaient une ligne de feux. Il arriva comme un convoi partait, se laissa pousser dans un wagon et s'e^dormit.
Une heure après, sur les boulevards, la gaieté de Paris le soir recula tout à coup son voyage dans un passé déjà loin. Il voulut être fort, et allégea son cœur en dénigrant M°*® Arnoux par des épithètes injurieuses :
«c C'est une imbécile, une dinde, une brute, n'y pensons plus! »
Rentré chez lui, il trouva dans son cabinet une lettre de huit pages sur papier à glaçure bleue et initiales — R. A.
Cela commençait par des reproches amicaux :
« Que devenez-vous, mon cher? je m'ennuie. »
L'écriture était si abominable, que Frédéric allait rejeter tout le paquet quand il aperçut, en post-scriptum :
« Je compte sur vous demain pour me conduire aux courses. »
Que signifiait cette invitation? était-ce encore un tour de la Maréchale ? Mais on ne se moque pas deux fois du môme homme à propos de rien ; et pris de curiosité, il relut la lettre attentivement.
Frédéric distingua: « Malentendu... avoir fait fausse route... désillusions... Pauvres enfants que nous sommes!... Pareils à deux fleuves qui se rejoignent! etc. *
Ce style contrastait avec le langage ordinaire de la lorette. Quel changement était donc survenu?
Jl garda longtemps les feuilles entre ses doigts.
Elles sentaient l'iris; et il y avait, dans la forme des caractères et l'espacement irrégulier des lignes, comme un désordre de toilette qui le troubla.
« Pourquoi n'irais-je pas? se dit-il enfin. Mais si jyjme Arnoux le savait? Ah! qu'elle le sache! Tant mieux! et qu'elle en soit jalouse! ça me vengera! »