‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 110 sur 252 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

GIAN-BATTISTA

Severo, ne crains pas mes remontrances vaines. C'est bien mon noble sang qui brûle dans tes veines, C'est lui seul qui te fait agir; tu l'as reçu, Dernier des Torelli, lorsque tu fus conçu ; Mon ardeur d'autrefois, il te la communique. Jadis, je frémissais de peur, mon fds unique, Lorsque, petit enfant, tu faisais un faux pas; Aujourd'hui, prends ma main, elle ne tremble pas! Une larme, une seule, aujourd'hui, serait lâche. Tu l'as juré! C'est bien, Severo, fais ta tâche.

Montrant les armures.

Ils t'approuvent, ô jeune et brave justicier,

Nos aïeux, dont voici les fantômes d'acier.

Je sens sous cet airain quelque chose qui vibre :

Leur orgueil, qui connut Pise puissante et libre.

Aussi, tous ces héros qui m'entendent et moi.

Nous te verrons lever le poignard sans effroi

Sur ce tyran, eût-il une triple cuirasse.

Et mettrons dans ton bras la force d'une race !

SEVERO, mettant un genou en terre.

Il ne vous reste plus, père, qu'à me bénir.

GIAN-BATTISTA

0 mon Dieu, cet enfant va s'armer pour punir

186 SEVEKO TOUELLI.

Un homme et délivrer tout un peuple d'esclaves î Vous laissez le volcan répandre au loin ses laves; Laissez des opprimés éclater le courroux. Songez, mon Dieu, que seul il s'expose pour tous, Songez qu'il fait justice, ô vous, le juste maître ! Et ne maudissez pas l'acte qu'il va commettre.

Il étend la rnaiii sur la tète de son fils.

Pour moi, mon fils, au nom des quatre-vingt-dix ans

De honte et de douleur subis par les Pisans,

Au nom des prisonniers qui râlent sous les voûtes,

Au nom des exilés sans pain sur les grand'routes,

Au nom des orphelins et des veuves, au nom

Des anciens soldats morts sous notre gonlanon

Jadis, lorsque le Guelfe a brisé nos épées.

Au nom des malheureux dont les têtes coupées

Ont si souvent pourri sur la Tour de la Faim,

Au nom de nos héros, de nos martyrs, enfin,

0 mon fils î pour donner la victoire à tes armes,

Je te bénis avec leur sang, avec leurs larmes,

Et, d'avance certain que tu les vengeras,

Je t'approuve et je t'aime, et je te tends les bras !

Scvero se jette dans les bras de son père.

Page 1