‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 116 sur 252 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

DONNA PIA

Severo !

SEVERO

Je comprends, portraits des vieux ancêtres^ Qui tous avez haï les tyrans et les traîtres, Pourquoi vous me suiviez d'un regard courroucé Lorsque, enfant, devant vous, si souvent j'ai passer Je comprends à présent, héroïques armures. Pourquoi sous votre airain j'entendais des murmures^. Et pourquoi, dans les trous des morions de fer, Je croyais voir des yeux briller d'un feu d'enfer! Regards des vieuxportraits, flammes souslesvieux heaumes^ 0 Torelli, c'étaient vos illustres fantômes, Qui, du pays des morts chassés par la douleur, Venaient maudire en moi l'intrus et le voleur!... Oui, voleur! N'allez pas dire que j'extravague; J'ai volé le blason que je porte à ma bague, Volé le nom, volé l'honneur, volé Targent Que, prodigue et joyeux, je donne à l'indigent, Et sur lequel on voit, lauré comme un Tibère, Un visage, celui de mon horrible père ! J'ai tout volé! Tant mieux! j'applaudis mon larcin.- J'ai droit d'être un voleur, moi, fils d'un assassin!

DONNA PIA

0 mon Dieu!

196 SEVERO TOHELLl.

SEVERO, avec égarement.

Redoublez vos regards de colère, Vieux aïeux!... Vous savez, je suis très populaire, Et, m'arrêlant parfois, quand je passe en rêvant. Une mère me fait embrasser son enfant.

Tous me tendent la main, lorsque je sors de vêpre. . . N'approchez pas de moi, malheureux! J'ai la lèpre! Le sang qui rend ma main froide comme un tombeau, C'est du sang de serpent, du sang de Barnabe ! Stupides, attendris, des pleurs sous les paupières. Vous me tendez vos mains... Allons! cherchez des pierres! J'ai la lèpre, vous dis-je, et je répands l'effroi... Des pierres! Ramassez, vite, et lapidez-moi!

DONNA PIA

Mon Severo, j'ai peur, la raison t'abandonne !

SEVERO

Non, non!... Carje vous plains, mère, et je vous pardonne.

C'est un dévouement fou qui vous a fait agir...

Mais vous deviez comprendre, en l'entendant vagir.

L'avorton, fils du crime et fils de la folie,

De quels tourments sa vie allait être remplie ;

Et si vous aviez eu des sentiments humains,

Ma mère, vous m'auriez étranglé de vos mains.

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