ACTE III, SCÈNE IV
Et balayez la place à coups de bois de lance. . . Ici les prisonniers... auprès du piédestal... Le maître va venir.
SEVERO, à part.
Voici l'instant fatal.
LIPPO, voyant entrer Baniabo.
Mes amis, c'est notre homme, avec toute sa bande.
En ce moment Barnabo paraît, suivi de hallebardiers ; le gouverneur est armé de pied en cap; un page marche auprès de lui et porte son morion sur un coussin. La nuit est tombée tout à fait; quelques hommes delà suite de Spinola tiennent des torches. — Rumeur.
BARNABO, montrant la foule au Barigcl.
Si l'un de ces manants pousse un cri, qu'on le pende!
Les soldats écartent la foule à coups de bois de lance et rangent les dix prisonniers auprès du lion.
SEVERO, à l'écart, parlant à demi-voix.
Il est là... Le moment horrible est arrivé... Mais non, c'est impossible, et ma mère a rêvé! Lui! mon père!...
RENZO, à Severo.
Voyons, qu*as-tu? Tout ton corps tremble.
SEVERO
Laisse-moi... Je n'ai rien...
Il fait deux ou trois pas vers Barnabo et le regarde; puis se détournant avec effroi :
SEVEHO TOHELLI.
Horreur ! je lui ressemble !
BARNABO, à voix haute.
Pour la dernière fois, hommes qui m'écoutez,
Sachez-le : — dix lions viennent d'être insultés.
Or, je ne souffrirai jamais qu'on injurie
L'emblème de Florence et de la Seigneurie.
Je prends dix têtes... et, d'après le talion,
Demain, j'en veux donner une à chaque lion
Pour y poser son pied comme sur une boule.
Pourtant, s'il se dénonce et s'il sort de la foule,
Celui-là dont la main souilla ce monument,
— Pardieu ! vous le voyez, je suis encor clément. . . —
Si j'ai le vrai coupable, eh bien, je m'en contente !
Mais c'est beaucoup pour moi que douze heures d'attente.
Les otages mourront demain, à l'Angélus...
J'attendrai jusque-là; pas un instant de plus...
Donc, s'il veut les sauver, que l'homme parle vite.
SEVERO, àpait.
Quelle inspiration me vient, bonne et subite î . . . Je puis mourir, sans que ni Dieu ni mes amis Me reprochent de fuir l'affreux acte promis, Sauver des innocents, expier ma naissance...
Haut et s'avançant vivement devant Barnabe.
Barnabo Spinola, tu vois en ta présence