‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 133 sur 252 · ACTE III, SCÈNE VIÎ · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIÎ

Voir mes astres chéris, enfant, qui sont tes yeux, Te dire mon amour en paroles confuses... Et te prendre la main sans que tu la refuses!

SEYERO, abandonnant sa main à Portia.

Vous m'aimez?

PORTIA

Ah! toucher ta main, mon bien-aimé!

Mon cœur s'épanouit comme une rose en mai... C'est sa main, et je puis la porter à ma bouche. Ah ! vous ne savez pas, vous avez l'air farouche, Messire, et bien des fois, pour vous ouvrir mon cœur. J'ai voulu vous parler, mais vous me faisiez peur... C'est rare, n'est-ce pas, quand on vous voit sourire? Je t'aime ainsi ! . . . Voyons, tu vas me laisser dire Comment cela me vint... Mais par où commencer? Ah! oui, c'était un jour que je vous vis passer Là-bas, sous les figuiers, près de Saint-Jean l'Apôtre ; D'une main vous touchiez votre épée, et de l'autre Vous teniez une fleur... Ah! dès que je te vis, Je t'adorai ! . . . Pendant longtemps je vous suivis ; La fleur tomba, je l'ai bien vite ramassée. Et — ne vous moquez pas de la pauvre insensée — J'ai dévoré la fleur en me réjouissant De ce qu'un peu de toi me passât dans le sang!

218 SEVERO TORELLL

Mais oui, mon Scvero, voilà comment je t'aime... Je ne te prierai pas dem'aimer, oh ! pas même De me le dire, non, ni de faire semblant. Je n*ose même ici te parler qu*en tremblant. Je suis belle pourtant, mais j*ai comme un présage, Quand tu sauras mon nom et verras mon visage, Que tu diras un mot qui me fera bien mal. . . Jamais tu ne pourras m'aimer ; mais, c'est égal, Tu me laisses ta main, la nuit est amoureuse, J'ai pu te voir de près. . . et je suis bien heureuse !

SEVEUO.

0 pauvre, pauvre femme !.. . Ah! celle-là, du moins. Nature, vaste ciel, vous en êtes témoins ! Celle-là, ce n'est pas un Torelli qu'elle aime. Non, ce sont mes vingt ans, ma jeunesse, moi-même î Je trouve ce bonheur sur mon affreux chemin! Femme, écoute-moi donc... Je serai mort demain.

PORTIA

Toi!

SEVERO

Mais, qui que tu sois, viens, écarte ce voile. Dans mon horrible nuit, tu parais, douce étoile... Viens ! Je ne dois plus voir éclore un autre jour,

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