ACTE IV, SCÈNE II
SEVERO, se jetant dans ses bras.
Ma pauvre mère!... Oh ! Dieu!
DONNA PI A
Tu m'aimes donc encore?
SEVERO
Autant que je te plains, ma mère, je t'adore ! . . .
Moi ! Te juger?... Je dois comparer seulement
Ma récente douleur à ton ancien tourment.
Oui, je comprends trop bien, d'après ce que j'endure,
0 cœur cent fois navré, tes vingt ans de torture.
Et ce front où descend le baiser de ton fils,
Je l'aime et le respecte ainsi qu'un crucifix
Où la bouche se pose à chaque plaie ouverte !
Ta longue passion, mère, tu l'as soufferte
Par moi, ton seul enfant, pour moi, ton Severo.
Donc, ô pauvre martyre, embrasse ton bourreau !
Je te dois la douceur encor consolatrice
De pleurer dans tes bras, ma mère et ma nourrice !
DONNA PIA
0 Dieu, que j'ai prié tant de nuits et de jours. Vous avez pardonné !... Mon fils m'aime toujours... Vrai, je te suis donc bonne encore à quelque chose ? Ce front, lourd de douleur, sur mon sein se repose ;
Ces yeux, dont les regards sont purs comme des fleurs, "Sous mes ardents baisers j'en puis sécher les pleurs!... Que tes cheveux sont doux ! Viens, que je les caresse ! Quand tu manquas mourir, j'en ai pris une tresse... Voilà dix ans, tu sais... Je la garde toujours... Ah ! que je suis heureuse... 0 temps ! suspends ton cour Laisse-moi cet instant de calme en la tempête ! !Laisse-moi dans mes bras bercer sa chère tête, Comme je le faisais autrefois si souvent, •Quand il n'était encor que mon petit enfant !
SEVEKO.
Mère !
DONNA PIA
Je me disais : Dieu ne peut pas permettre Que mon fils me méprise... Il peut tout, c'est le maître.. Il ne souffrira pas non plus que Severo Devienne parricide et se fasse bourreau... Je savais bien... C'était une chose insensée, N'est-ce pas ? Tu n'as plus cette aff'reuse pensée. . . Ton serment?... Mais à Dieu, mon fils, qu'as-tu promis Du sang! il n'en veut pas... Oui, je sais, tes amis? Qu'importe!... Severo, va consulter un prêtre, Confesse-toi, dis-lui... Mais tu l'as fait peut-être... Comme moi, j'en suis sûre, il t'aura répondu Que, lorsque tu jurais, Dieu n'a pas entendu...