ACTE II, SCÈi^E III
Que la ville serait prise d'un coup de main.
Pour être revenue avec plus de vitesse
Et donner la nouvelle heureuse à Votre Altesse,
J'ai marché nuit et jour... La route est libre... Allez!
LE PRINCE
Certes, j'y vais ! ... Et si ces bourgeois afFolés Osent nous envoyer un seul coup de mitraille, Je jette mon bonnet par-dessus la muraille ; Mes bons Fingalls l'auront bien vite retrouvé; Et je prendrai Garlisle, et sur son vieux pavé Les fers de mon cheval feront des étincelles. J'en réponds!...
Voyant Marie s'appuyer d'une main à la table.
Mais qu'as-tu, mon enfantVTu chancelles !
MARIE
Prince, je vous l'ai dit, j'ai marché nuit et jour.
LE PRINCE, à part.
Oh! quede dévouement, Ecosse, et que d'amour! Et combien, chaque jour, tu me deviens plus chère î
Il force Marie à s'asseoir sur le fauteuil.
Repose-toi, fidèle et brave messagère.
Car je dois mes soldats, Marie, à ton aïeul ! L'aveugle que jamais tu n'avais laissé seul
302 LES JACOHITES.
A voulu, par un rare et dernier sacrifice, Que son unique enfant fût toute à mon service ; Et tandis qu'il exalte encor mes bataillons. Toi, sachant qu'on ne peut suspecter tes haillons, Parmi mes ennemis, et sur leur territoire, Tu cherches le chemin qui mène à la victoire... Ton Prince est là; mais reste assise devant lui, Fille du mendiant, qui peut-être aujourd'hui Sous ton manteau troué m'apportes la couronne ! C'est l'Ecosse lassée à qui j'offre mon trône, Et tout ému, devant le mal qu'elle a souffert, Je veux rester debout...
Il ôte son bonnet.
et le front découvert î
MARIE, se jetant aux pieds du Prince et lui baisant la main.
Monseigneur!...
LE PRINCE
Mais il faut partir cette nuit môme, As-tu dit?... Adieu donc, enfant! Ton Prince l'aimt
Lui offrant sa bourse.
Prends ceci.
De l'argent!