ACTE III, SCÈNE VI
META, s'apercevant qu'elle n'est plus seule.
Ah!... pardon, madame. (Voyant le duc.) Monsieur le duc ! . . . Que désirez-vous de moi?
LE DUC, s'approchant, à Meta.
Mademoiselle, le nom de madame, qui m'a prié de lui faire avoir un entretien avec vous, ne doit pas vous être inconnu. Vous êtes devant la comtesse ^éno.
META
En effet, monsieur le duc, j*ai quelquefois entendu mon fiancé prononce:* ce nom ; mais c'était toujours aux heures où Karl paraissait souffrir.
LA COMTESSE
S'il a été juste, mademoiselle, Karl n'a pourtant pas dû vous laisser ignorer que mon nom était celui d'une amie qui l'a servi avec dévouement.
META
Je n'ai jamais cherché à connaître quelle a été la vie de Karl à la cour; ce sont là des sujets trop élevés pour ma faible intelligence. Je ne vois qu'une chose, c'est qu'il est sorti de là très malheureux.
LE DUC, s'interposant.
Vous avez tort, mademoiselle, d'accueillir avec
cette froideur madame la comtesse... Dans la démarche qu'elle fait auprès de vous, elle n'estguidée que par l'intérêt sincère qu'elle porte à Karl, et je vous suis garant que vous pouvez l'écouter, sinon avec sympathie, du moins avec confiance.
META
Parlez donc, madame.
LE DUC, se retirant au fond, à part.
Enfin, je vais donc connaître ce qu'il y a dans l'âme de cette jeune fille.
LA COMTESSE, après un silence.
Mon enfant, je sais que vous aimez Karl. Je sais quelle religieuse fidélité vous avez gardée à son souvenir et de quel secours vous avez été pour lui dans un moment de douleur et de découragement. Je sais cela et je vous en ai une profonde gratitude. Oui ! car tout ce qui arrive de favorable à Karl doit me toucher, puisque, moi aussi, je l'aime.
META, avec un cri.
Vous l'aimez?
LA COMTESSE
Vous voyez que je suis franche avec vous. Oui, je l'aime, mais ne me supposez pas les sentiments