‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 144 sur 191 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MICHEL BUANCOMIR, BAZILIDE.

MKIHEL, avec accablement.

Oui, c'est ainsi. Le soldat le plus brave, Le chef le plus fameux de tout le pays slave A pour seuls ennemis les aurochs et les ours...

BAZILIDE

Et celle qui naquit et grandit dans les cours, Oui, celle qui descend des Porphyrogénètes, Languit en contemplant la neige sur les crêtes, Bercée au rhythme dur d'un chant bohémien... Va, ton sort n'est pas plus à plaindre que le mien, Il nous faut désormais descendre côte à côte Notre morne chemin, Michel... A qui la faute?

MICHEL

Grâce ! Par tes regrets je suis trop torturé. J'ai pour toi, tu le sais, ardemment désiré

-ju) poiii LA coihonm:.

Cette place où Tintrigue a mis Tévêque Etienne.

Mais, à présent, comment \eux-tu que j'y parvienne?

Gomme son successeur? Et dans combien de temps?

Il est robuste et vert, malgré ses soixante ans.

Tous l'adorent ainsi que la plus sainte icône.

Vois-tu, ce scélérat vieillira sur son trône,

Vénéré comme un père, obéi comme un tzar;

Et Liben, le fameux voyant de Kilandar,

L'ermite qui, dit-on, parle avec le tonnerre,

A prédit autrefois qu'il serait centenaire...

Enfer! Vivre cent ans !... Ah ! pour cela, vieillard,

Il faut une poitrine à l'abri du poignard,

Et cette dague, un jour, par cette main saisie,

Fera, si je le veux, mentir la prophétie.

Oui, j'irai jusqu'au meurtre, et quand j'aurai frappé,

Nul ne m'arrachera de mon trône usurpé;

J'y ferai près de moi place à ma Bazilide,

Et je m'y seatirai plus ferme et plus solide,

Et les profonds coussins m'en paraîtront plus doux.

Si j'ai pour marchepied ce corps percé de coups !

BAZILIDE

Vaine tureur, Michel, inutiles blasphèmes!

Tout un peuple le garde, et tes soldats eux-mêmes

Sauraient bien garantir l'évéque ou le venger.

MICHEL

Ah ! Dieu ! Toujours sentir le frein et le ronger ! Obéir à ce vil diseur de patenôtres !

C'est odieux !... Que faire?

BAZILIDE

Eh ! ce qu'ont fait les autres, Ce qu'ont fait Assen, Jean, Sava, tant d'autres rois, Se mettre du côté du plus fort.

Oui, vingt fois Tu me l'as dit... Souvent j'y songe, aux heures noires, Mais s'allier au Turc... Oh ! mes vieilles victoires !

BAZILIDK.

Pourtant — et c'est un ordre ici que je transmets Il faut s'y décider tout de suite ou jamais.

MICHEL

Un ordre ! A moi !

BAZILIDE

L'orgueil ici n'a rien à faire.

L'acte n'a jamais lieu que toujours on diffère.

-242 POL'U LA COUUONiNE.

Michel, il Tant tenter ou non ce coup hardi; Car enfin ta faiblesse a lassé reffendi. C'est trop de lutte sourde et d'angoisses confuses. Ibrahim partira ce soir, si tu refuses.

-MICHEL

(Juoi ? Ce soir !

RAZILIDE.

Et ce prix que tu peux conquérir, Ce trône des Balkans, le Turc ira l'offrir — Entends-tu bien, Michel ? — à l'homme de couraj Qui, dans ces monts, saura lui livrer le passage; Et le lourd diadème aux joyaux rayonnants Sera mis sur le front d'un de tes lieutenants. Et, fut-il un vil serf, les choses seront telles.

Tous le repousseront, hélas ! tous sont fidèles.

BAZILIDE

Alors fais donc comme eux, laisse l'ambition, Reste à ton poste et monte ici la faction. Fais comme tes soldats, te dis-je, et les imite. Pourvu que son pilai' cuise dans sa marmite

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