‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 146 sur 191 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Toujours le même mot murmuré par tes lèvres. Oui, je veux cette chose et j'ai tout préparé, Mais c'est pour ton bonheur, ô mon maître adoré ; Car n'as-tu pas assez de cette horrible vie Où mon ardent désir et ta cuisante envie, Pareils à des couteaux l'un sur l'autre aiguisés, Détruisent notre amour et gâtent nos baisers ? J'en souffre trop. Un jour, la coupe serait pleine. Prends garde, notre amour deviendrait de la haine.. Tu me verrais alors m'arracher de tes bras !... Mais ce ne sera point et tu consentiras... Michel, fais ce que veut ta femme et crois en elle; Et, si l'ambition est folle et criminelle Qui nous ronge le cœur comme un bec de vautour, Eh bien, commets le crime et sauve notre amour. Ah ! vois-tu, deux amants qui deviennent complices Trouveat dans leur baiser de plus acres délices. Ce sein, où ton désir se pâme tous les soirs, Bercera doucement tes sommeils les plus noirs... D'ailleurs, pourquoi parler de remords et de crime ? Non, tu reprends, héros, ta place légitime Et tu punis ce peuple, ingrat comme ton Dieu ! Qu'importe un minaret debout dans le ciel bleu, Quelques sacs d'or payés, quelque autre ignominie? Sois roi d'abord et fais éclater ton génie.

246 POUIl LA COURONNE.

Ces peuples désunis, ces méchants roitelets,

Capitaine, fais-leur la guerre, conquiers-les.

Mets dans un seul carquois toutes les flèches slaves;

Et, traînant après toi rois et peuples esclaves.

Un jour tu chasseras les Turcs en conquérant,

Et tu seras Michel le saint, Michel le Grand,

Et deviendras fameux comme un César antique!...

Mais Tavenir est loin. Assez de politique.

Mets tes mains dans mes mains, mets tes yeux dans mes yeux

Suis-je femme d'un lâche ou d'un ambitieux?

Sais-tu ce que tu veux et sais-tu ce qu'on t'offre ?

Le trône, le pouvoir royal, l'or à plein coffre;

Et tu peux consentir ou tu peux refuser.

Mais, devant mon regard et devant mon baiser.

Si d'un scrupule encor ton âme est combattue.

Si tu dis non, c'est bien décidé, je me tue !...

MICHEL

Cielî...

BAZILIDE

Et, pour te prouver, Michel, entends-tu bien? Que le cœur d'une femme est plus fort que le tien Et sait, quand il a fait un projet, le conclure. De ces mains, je m'étrangle avec ma chevelure !

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