L'ANNIVERSAIRE
Et jamais le grand coup de ses ailes sublimes * Ne l'a mieux emporté par delà les abîmes ; Plus il vieillit, plus il va haut.
Le soleil est très vieux. Pourtant, sa face ardente N'a jamais mieux versé la chaleur fécondante
Aux fleurs, aux fruits, à la moisson ; Jamais plus doucement, dans l'exil où nous sommes, Ce sourire de Dieu n'a brillé sur les hommes ;
Plus il vieillit, plus il est bon.
Il est très vieux aussi, le bien-aimé Poète,
De qui nous célébrons par de longs cris de fête
Les quatre-vingts ans aujourd'hui.
C'est lui qui, dans un mot d'éloquence suprême, Nous disait : « Je naquis avec ce siècle même,
Et je continue avec lui. »
Mais, quand elle permet qu'un tel poète naisse, La nature lui donne un trésor de jeunesse.
L'aïeul au jeune homme est pareil ; Et l'Esprit devant qui tous les autres pâlissent. Superbe, ne vieillit pas plus que ne vieillissent
Le chêne, l'aigle et le soleil.
Oh ! longtemps, très longtemps, à cet anniversaire. Devant toi, courbant tous, ô grand vieillard sincère,
Nos fronts, d'émotion tremblants.
Laisse-nous voir encor, plus nobles chaque année. Parmi les lauriers verts dont ta tête est ornée.
Briller tes jeunes cheveux blancs !