MATIN D'OCTOBRE
A ALEXANDRE PIEDAGNEL
C'est rheure exquise et matinale -^ Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale Tombent les feuilles du jardin.
Leur chute est lente. On peut les suivre Du regard en reconnaissant Le chêne à sa feuille de cuivre, L'érable à sa feuille de sang.
56 LE CAIIIEU ROUGE.
Les dernières, les plus rouillées, Tombent des branches dépouillées; Mais ce n'est pas l'hiver encor.
Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose.
On croirait qu'il neige de l'or.
/VUBADE PARISIENNE
Pour venir t'aimer, ma chère, Je franchis les blancs ruisseaux.
Et j'ai l'âme si légère Que j'ai pitié des oiseaux.
Quel temps fait-il donc? Il gèle, Mais je me crois au printemps.
Entends-tu, mademoiselle?
Tu m'as rendu mes vingt ans.
Tu m'as rendu ma jeunesse; Ce cœur que je croyais mort, Je veux pour toi qu'il renaisse ; Écoute, comme il bat fort!
Quelle heure est-il? Tu déjeunes; Prends ce fruit et mords dedans.
C'est permis, nous sommes jeunes.
Et j'en mange sur tes dents.
Parle-moi, dis-moi des choses.
Je n'écoute pas, je vois S'agiter tes lèvres roses Et je respire ta voix.
Je t'aime et je t'aime encore ; A tes pieds je viens m'asseoir.
Laisse-moi faire; j'adore Le tapis de ton boudoir !