BLASPHÈME ET PRIÈRE
Je te brave. Peux- tu me faire mal, après
Que tu m'as dérobé le fils que j'adorais?
Va! Que ta foudre éclate et que ta grêle tombe,
Dieu cruel, qui couchas mon enfant dans la tombe!
Commets cette injustice encore, Dieu trompeur!
Je resterai debout. Tu ne me fais pas peur! »
Le nuage passa; car Jéhovah lui-même.
En voyant la douleur, eut pitié du blasphème;
Et l'orage plana sur le champ de Sidon.
Celui-ci, se jetant à genoux, dit :
(( Pardon.
Dieu d'équité, pardon! Épargne ma récolte! Jamais je ne me plains ni je ne me révolte; Toujours, devant ta face auguste, j'ai tremblé ; Et tu protégeras mon raisin et mon blé. Depuis le temps déjà lointain où j'étais jeune. Je dis fidèlement ma prière et je jeûne; Tu dois m'en savoir gré. Souvent sur ton autel, Seigneur, DieuTout-Puissant, l'Unique et l'Immortel, Ma main a répandu le sang de mes génisses. Je n'ai point fait de mal, pour que tu me punisses. Ne me laisse donc pas te supplier en vain, Roi du ciel, et défends ma farine et mon vin! »
Mais comme la prière, au Seigneur adressée, Déplaît quand elle part d'une âme intéressée, Contre l'avare en pleurs l'Éternel s'irrita, Et ce fut sur Sidon que l'orage éclata.
SENNAGHÉRIB
Lorsque Sennachérib eut vaincu la Ghaldée, Et que sa gloire y fut solidement fondée, Il emmena captif tout le peuple. Aux plus vieux L'on coupa les deux mains et Ton creva les yeux; Le reste lui bâtit des palais dans Ninive.
Or, un jour qu'il passait à cheval sur la rive Du Tigre, en habit d'or de perles constellé, . Il vit un grand vieillard, aveugle et mutilé.
De Tancienne victoire épouvantable preuve,
Que deux beaux jeunes gens conduisaient près du fleuve
Et semblaient entourer d*un respect filial.
Le roi Sennachérib arrêta son cheval
Et, tout en s'appuyant d'une main sur la croupe.
Longtemps et tout pensif il contempla ce groupe.
Le plus jeune des fils du vieillard étranger
Lui présentait du pain et le faisait manger,
Et l'aîné, le guidant avec un soin servile,
Lui décrivait tout haut les beautés de la ville.
Car, pour le pauvre infirme, errant par les chemins,
L'un avait des regards et l'autre avait des mains.
Le roi remit au pas sa bête reposée;
Mais en passant la main sur sa barbe frisée.
Il songeait :
(T Cet esclave a de bons fils. Pourquoi Suis-je jaloux de lui? N'en ai-je donc pas, moi? Les nombreux descendants de ma race prospère Entourent de respect leur seigneur et leur père. Pourquoi de leur amour ne serais-je pas sûr? Je les ai faits puissants et riches dans Assur; Je leur ai confié d'immenses satrapies ;