‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 5)Chapitre 56 sur 115 · UN EVANGILE · texte numérisé non relu

UN EVANGILE

En ce temps-là, Jésus, seul avec Pierre, errait Sur la rive du lac, près de Génésareth, A l'heure où le brillant soleil de midi plane, Quand ils virent, devant une pauvre cabane, La veuve d'un pêcheur, en longs voiles de deuil, Qui s'était tristement assise sur le seuil, Retenant dans ses yeux la larme qui les mouille, Pour bercer son enfant et filer sa quenouille.

Non loin d'elle, cachés par des figuiers touffus, Le maître et son ami voyaient sans ôtre vus.

Soudain un de ces vieux, dont le tombeau s'apprête, Un mendiant, portant un vase sur sa tôte, Vint à passer, et dit à celle qui filait : (( Femme, je dois porter ce vase plein de lait Chez un homme logé dans le prochain village. Mais, tu le vois, je suis faible et brisé par Tàge. Les maisons sont encore à plus de mille pas, Et je sens bien que, seul, je n'accomplirai pas Ce travail, que Ton doit me payer une obole. »

La femme se leva sans dire une parole, Laissa, sans hésiter, sa quenouille de lin Et le berceau d'osier où pleurait l'orphelin, Prit le vase, et s'en fut avec le misérable.

Et Pierre dit :

« Il faut se montrer secourable, Maître ! mais cette femme a bien peu de raison D'abandonner ainsi son fils et sa maison Pour le premier venu qui s'en va sur la rouie. A ce vieux mendiant, non loin d'ici, sans doute Quelque passant eût pris son vase, et l'eût porté. »

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