DUEL DE RAFFINÉS
— ^ Mais j y compte.
— Arépée?
— ATépée.
— A merveille, marquis.
— Quand cela?
— Sur-le-champ.
— Sur-le-champ, c'est exquis.
Foin des édits du fils trop chaste d'Henri quatre! Ce gai soleil d'avril est charmant pour se battre. Descendons sur la berge; on nous gênera moins. »
Ils prennent en passant deux suisses pour témoins. S'en vont au bord de l'eau, jettent là sur les pierres Chapeaux et mantelets, et tirent leurs rapières.
Les deux soldats, en gens courtois, en font autant.
On s'aligna. Ce fut l'affaire d'un instant.
En méthode d'escrime, est bien fou qui s'obstine
A mettre la lombarde avant la florentine.
Le marquis, par un coup terriblement sournois,
Fut digne de son maître, Astolfo le Siennois.
Le vicomte, percé d'une longueur de lame,
Tomba, fit un sursaut ou deux, et rendit l'âme.
Alors, en rajustant au vainqueur son pourpoint.
238 IIÉCITS ÉPIOUES.
I/un des soldats lui dit :
« Vous le haïssiez?
— Point.
— Peut-on vous demander la cause de l'affaire?
— La couleur des cheveux qu'il convient qu'on luvfri'' II était pour les noirs, moi je suis pour les blonds.
— Vous avez été vif, mon gentilhomme... Allons ! Pour cheveux blonds ou noirs faut- il qu'on se courmn
— C'est vrai, dit le bretteur, car ma maîtresse est roi;
VINGEiNT DE PAULE
Monsieur Vincent de Paule, aumônier des galères,
Vieux prêtre humble de cœur et de mœurs populaires,
Quand il vient à Paris, demeure à l'hôpital
Du couvent qu'a fondé madame de Chantai.
Sa chambre n'a qu'un lit et deux chaises de paille,
Et l'unique tableau, pendu sur la muraille.
Représente la Vierge avec l'enfant Jésus.
Tout entier aux projets pieux qu'il a conçus.
Le saint prêtre est toujours en course; il se prodigue,
Et revient, tous les soirs, épuisé de fatigue.
Le zèle ne s'est pas un instant refroidi
De Tancien précepteur des enfants de Gondi.
Quand il a visité la mansarde indigente.
Il s'en va demander Taumône à la Régente,
Il sollicite, il prie, il insiste, emporté
Par son infatigable et forte charité,
Recevant de la gauche et donnant de la droite.
Pourtant il est malade et vieux; et son pied boite,
Car, afin d'obtenir la grâce qu'il voulait,
Il a traîné six mois la chaîne et le boulet
D'un forçat innocent dont il a pris la place.
Déjà, dans les faubourgs, la pauvre populace.
Qui connaît bien son nom, et qui le voit passer
Le long des murs, alors qu'il vient de ramasser
Un nouveau-né jeté sur la borne et qu'il sauve.
Commence à saluer ce bonhomme au front chauve
Et le suit en chemin d'un œil reconnaissant.
Mais, ce soir, vers minuit, le bon monsieur Vincent,
Regagnant son logis chez les Visitandines,
Au moment où les sœurs sont à chanter matines,
Traîne son pied boiteux d'un air découragé.
Tout le jour, bien qu'il soit soufTrant, qu'il soit âgé.
Sous une froide pluie il a couru la ville.