LIVRE PREMIER
survit; le monde en profite. Voilà la morale dans l'art.
Examinez ce qui se passe dans' un poëme, un drame. Nous ne nous sentons pas représentés par le méchant. Néron, Iago, Lovelace ne sont pour nous que des individus qui nous sont étrangers ; mais nous nous retrouvons dans la victime, quelle qu'elle soit. Combat de l'individu et de l'espèce, c'est le fond même du drame, sa morale et sa vérité.
Nous sortons d'un drame oppressés par la victoire du méchant et consolés par l'attente d'une revanche de la justice.
Voilà pourquoi aucun clénoûmcntne nous satisfait. Heureux, nous le soupçonnons d'être faux ; malheureux, nous en attendons un autre.
Chaque drame nous laisse ainsi le désir et le pressentiment d'un autre drame.
On a blâmé le denoûment de Tartuffe. C'est qu'il n'est pas conforme à la vie réelle. Dans le monde, Tartuffe l'eût infailliblement emporté. On eut vu Orgon et les siens chassés de la maison et Mrno Pernelle demandant humblement l'aumône à la porte de l'imposteur. Ce dénoûment était le vrai, mais il eût paru intolérable. Molière n'y a échappé que par le deus ex machina.
Il y a des œuvres qui dessèchent l'âme humaine et ôlert jusqu'à l'espérance. Celles-là, quand même
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elles seraient peuplées d'anges, seraient la perte de toute morale, puisqu'elles en tarissent la source. Je conçois, au contraire, des œuvres où tous les personnages seraient méchants et qui pourtant seraient morales; ce serait celles qui, en me promenant, dans l'enfer me donneraient l'amour passionné du ciel.
Nous venons d'entrevoir , par l'imagination, l'abîme du mal et du faux. Osons y descendre.