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PRÉFACE III

Je sais que je vis en des jours d'intolérance, où je n'ai rien à attendre de quiconque ne pense pas exactement comme moi. Mais, de cette intolérance même, je crois pouvoir tirer un avantage. Si je comptais désarmer trop aisément le parti pris, la prévention ou la haine, je serais peut-être tenté d'avoir des complaisances d'esprit qui déformeraient ma langue et ma pensée.

Au lieu de cela, quoi que je fasse, je sais que le jugement de plusieurs est arrêté d'avance. Me voilà dégagé de toute précaution vaine. C'est à moi de profiter de l'occasion pour montrer ma pensée toute nue, sans artifice.

Que nous faut-il aujourd'hui pour achever de sortir de l'abîme? Une heure de sincérité. Elle est facile à qui n'a rien à gagner à caresser le faux.

Une nation peut ajourner la vérité, comme il lui plaît. Elle peut aller, en serpentant, du vrai au faux, par des détours obliques, tantôt lever, tantôt baisser la tète, marcher, ramper ou courir à son gré. Car elle a pour elle le temps qui corrige toutes c hose>.

Moi, je ne puis rien de cela. Je n'ai qu'un moment à passer sur la terre. Il s'agit de profiter de cet instant. Je ne puis ni allonger mon chemin, ni revenir en arrière sur mes pas, ni m'amuser à

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