LIVRE DEUXIÈME
dans le noble, le type patricien dans le plébéien, et même dans le prolétaire.
Avec quelle rapidité disparaissent les noms et les familles qui ne se recrutent que dans une classe ! A Sparte, au temps de Cléomènes, il ne restait que cinq cents (1) Lacédémoniens en état de porter les armes.
En France, clés la première moitié du neuvième siècle, le sang teuton (2) avait disparu. Les familles des conquérants germains n'avaient duré que trois siècles. Il n'y avait plus de noblesse par la différence du sang. Il ne restait déjà que des Gaulois-Piomains. Cette extinction rapide des conquérants barbares et le premier mélange des races furent marqués par la révolution qui mit les Capétiens à la place des Carlovingiens. Voilà pour notre histoire.
En Angleterre, dans la Chambre des lords, sur quatre cent vingt-sept sièges, quarante et un seulement sont antérieurs au dix-septième siècle (3). Tous les autres appartiennent à des hommes nouveaux qui remplacent les vieilles familles éteintes. S'il en est ainsi de l'aristocratie anglaise, si elle n'a conservé qu'un dixième de ses membres, ju gez de ce qu'il faudrait dire de la France.
(ljVoy. Ot. Muller, Die Dorier, t. II, p. 195.
(2) De Maistre, Du Pape, p. vu.
(3) Galtori, I/ereditary Genius.
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82 l'esprit nouveau
Par là s'explique une des difficultés du monde actuel Les familles étant ainsi récentes n'ont aucune racine physiologique dans les temps de la féodalité. Les plus anciennes appartiennent à l'époque toute moderne où la noblesse comme la bourgeoisie était aux pieds d'un roi absolu. Dans leur constitution physique elles n'ont pas une fibre qui se rapporte à un temps antérieur. Nées dans Je dernier moment de l'ancien régime, aux genoux d'un maître, dans la domesticité royale, elles n'ont reçu héréditairement que l'inclination à servir et obéir. Tempérament physiologique qu'elles ont puisé sous le régime des derniers rois.
Lorsqu'elles prétendent aujourd'hui commander, à titre de classes supérieures, on voit trop qu'elles se mettent en lutte contre leur propre tempérament. Façonnées à obéir passivement, par leurs propres origines, comment sauraient-elles commander? Elles ne le savent pas. Loin d'avoir sur leur front le signe héréditaire du commandement, elles portent celui de l'obéissance passive.
Voilà pourquoi il leur est impossible de faire accepter du monde actuel leur domination qui ne parait qu'un caprice. Invoquent-elles leurs ancêtres , ceux-ci n'ont qu'une réponse : Obéis, comme j'ai obéi. Ce n'est pas avec de telles traditions physiques et intellectuelles que se fondent
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les dominations d'une classe ou d'une race. Les conclusions des sciences naturelles aboutissent ainsi à une démocratie ou à une humanité formée de toutes les aptitudes nouvelles du corps et de l'esprit.