LE BARON, LA M.4RQU1SE
LA MARQUISE
Je ris de mon projet. Sous ce déguisement , liomineut me trouvez-vous ?
LE BARON
Ce vêlement modeste Semble vous embellir d'un charme plus louchanl.
LA MARQUISE
Les Catons trouveront ma démarche un peu leste; ; Mais un démon nommé la Cnriosilé, Démon , par noire sexe , assez souvent fêté. Me presse, m'enhardit. D'un si profond mystère Je veux absolument percer l'obscurité.
N'oubliez pas, baron , que vous éles mon père.
LE BtRUN.
Mon plus doux vœu , marquise, est celui de vous plaire. Mais si le vice-roi , par malheur obstiné,
Condamne vos projels; lui, mon cousin, que j'aime, Qui vous mit sous ma garde.
LA MARQUISE
Oh ! gardez-vous vous-même.
Veuve , depuis un an , d'un époux suranné , Je puis jouir, je crois, des malheurs du veuvage. Oui , mon père connaît l'auleiir de cet ouvrage ; 11 est dans le secret, mais j'ai beau le prier. Jamais je n'en ai pu tirer la moindre phrase. Cependant, à travers son silence forcé, 11 m'a paru surpris, et même embarrassé. Alors que j'ai nommé le jeune Mélaslase. C'est lui, cerlainement; et quel autre que lui Que ce jeune Romain peut avoir aujourd'hui Ces sons si purs, si doux, et cette poésie Si riche de couleurs, si pleine d'harmonie ?
LE BARON
Vous en parlez , marquise , avec une chaleur....
LA MARQUISE
Que m'inspirent les vers, les beaux-arts, le génie. De plus, j'ajouterai, je laisse là l'auteur. Qu'il joint à ce talent, dont l'éclat nous enchante , Le ton, l'esprit du monde, une gaité piquante.
LE BARON
Oii donc l'avez-vous vu, pour eu parler ainsi. Et le peindre si bien ?
LA MARQUISE
Au bal , chez Miledy.
II m'y parla long-temps sans me voir, me connaître, Car j'étais déguisée; et c'est au bal , peut-être, Que le plaisir plus vif et libre en son ardeur, Fait pétiller l'esprit en cchau fant le cœur- Mais sous l'air du plaisir il aspirait à plaire.
LE BARON
Vous l'écoutiez ?
LA MARQUISE
Sans doute.
LE BARON
Et votre rang ?
LA MARQUISE
Chimère !
LE BARON
Fort bien ! Et votre sexe ?
LA MARQUISE
Il se repait d'encens.
Vieux baron, vous avez tôt oublié les femmes.
LE BARON
Je les aimai beaucoup sans lire dans leurs âmes.
LA MARQUISE
De plus, un anonyme, auteur des plus galans, M'a sous main envoyé djs vers qui sont charmans. Je connais le poète; oui , c'est lui , je parie.
LE BARON
Tout Naple est plein de ver.'; et d'auteurs inconnus , Toujours brûlant d'amour pour Glycère ou Sylvie.
LA MARQUISE
Je veux connaître enfin l'auteur de l'opéra. Votre procès vous offre un moyen très facile. De voir, de consulter le docteur Bourrasca : Un procès est ici l'ami le plus utile. J'aperçois Métastase. Écoulez bien ceci ; Feignons de disputer sur son drame lyrique; Vous, en cen.seur jaloux, soyez dur et caustique; Moi, je le défendrai. Commençons ; le voici.
LE JEUNE MÉTASTASE A NAPLES