SCÈNE XXV
MÉTASTASE, LA MARQUISE
LA MARQUISE
Le galant Métastase, ici, sous le secret , Peut-il de cet écrit me faire confidence !
MÉTASTASE
Que peut-on refuser à de si doux appas? Si vous étiez pourtant, pardonnez l'épithète. Un peu plus curieuse encore que discrète.
LA MARQUISE
Je suis et l'une et l'aiilre, et ne m'en cache pas. Mais j'aime à publier, tel est mon caractère, Un secret deviné qu'on s'obstine à me taire.
MÉTASTASE
Il faut donc , je le vois , vous parler sans détour. D'un billet très flatteur, le vice- roi m'honore : Ce billet me ravit, m'agite tour à tour.
LA MARQUI.SE.
A cette énigme-là je n'entends rien encore.
MÉTASTASE
Ce protecteur des aris, l'âme de nos succès, S'occupe de mon sort; et sa bonlé facile. Daigne dans .son palais m'offrir un dou.x asile.
LA MARQUISE
Eh ! quoi , vous hésitez d'accepter ses bienfaits?
MÉTASTASE
Hélas ! si vous saviez quel devoir, quelle chaîne M'attache pour toujours à ce triste métier ! D'un père vertueux je m'attire la haine ; Kt puis ce Bourrasca suffit pour ni'effrayer ; Je crois déjà le voir, tout bouillant de colère. Gronder, m'injurier, m'étrangler de sa main.
LA MARQUISE
Il faut crier bien vite au meurtre, à l'assassin.
MÉTASTASE
Vous riez ?
LA MARQUISE
Mais tout bas , de peur de vous déplaire.
MÉTA.STASE.
Sachez que j'ai juré, je crois par nu démon , Une haine éternelle à l'Ariosle, au Tasse; J'ai brûlé mon Virgile, enterré mon Horace.
LA MARQUISE
Mais vous avez juré sans l'aveu d'Apollon; Votre serment est nul.
MÉTASTASE
Je l'ai fait à mon père.
Oui m'a prédit cent fois la lionleol la misère.
LA MARQUISE
Et moi je vous prédis , de la part des neufs sceurs, Des succès éclalans , mille rayons de gloire , Plutus même pour vous m'a promis ses faveurs.
MÉTASTASE
Ce dieu n'est pas l'ami des filles de Mémoire. Mais je dédaignerais la fortune et ses dons, Satisfait d'un réduit, d'une simple chaumière. Si je pouvais en paix, dans les sacrés vallons. Cueillir quelques bouquets, une ro.se légère, Et des savantes sœurs redire les chansons. Mais personne ne peut vaincre sa destinée.
LA MARQUISE
Mais de votre refus je suis très étonnée;
Vous aimez, m'a-t-on dit, la niarqui.se Rosa....
MÉTASTASE
Moi, madame?.... Et qui peut tenir ce propos-là?
LA MARQUISE
Allons, conveuez-en.
MÉTASTASE
Vous êtes fort pressante....
Vous avez trop d'appas pour être confidente.
LA MARQUISE
On nous vante beaucoup ses yeux, ses traits flatteurs; Mais je crois la valoir malgré tous ses preneurs.
MÉTASTASE
La vanité vous sied : dans une femme aimable, L'amour-propre est peut-être une grâce de plus.
LA MARQUISE
Je suis de voire avis : mais brisons Ki-dessus. Que vous aimiez ou non cet objet redoutable , Je voudrais bien qu'elle eilt quciqu'empire sur vous.
MÉTASTASE
Quelle idée! Et pourquoi , s'il vous plaît ?
LA MARQUI.se.
Entre nous.
Je pourrais l'engager à venir elle-même
Vous arracher d'un gîte où le plus faux système,
En tourmentant vos goûts , éteint votre talent.
MÉTASTASE
Madame, parlez-vous d'un esprit bien présent?
LA MARQUISE
Comment donc ? croyez-vous ma raison éclipsée?
MÉTASTASE
Je suis bien loin d'avoir une telle pensée; Mais ce plan me parait si voisin de l'erreur....
LA MARQUISE
Dites extravagant.
MÉTASTASE
Non ; mais impraticable.
LA MARQUISE
Mais si je réussis; promettez-vous d'honneur De quitter ce séjour, d'être plus raisonnable?
MÉT.WTASE.
Oui , si je vois ici cet objet enchanteur. Je jure par Vénus, par la marquise même, D'obéir à ses lois , à son ordre suprême.
LA MARQUISE
Pour elle et pour Vénus , je reçois le serment.
MÉTASTASE
Je crains bien qu'il ne soit emporté par le vent.
LA MARQUISE
Nous verrons. Sans adieux , et comptez sur mon zèle.
LE JKl NE MÉTASTASE A NAPLES.
[A paH.] Pour fixer de ses vœux rembarras incertain. Je vais au vieux doileur faire savoir sous main, Qu'il est l'auteur secret de la pièce nouvelle.
MÉTASTASE, Seul.
Elle parait aimable et n'est pas sans attraits; Mais l'esprit un peu vif et la tête légère.