‹ Œuvres complètesChapitre 276 sur 416 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DOLCY, DUBOIS.

DOLCY.

Est-il content?

DUBOIS

Oui, très content; mais quoi !

Vous parlerez pour lui ? vous riez ?

DOLCÏ.

Oui , sans doute.

DUBOIS

Et la raison , de grâce ?

DOLCÏ.

Écoule.

Qui veut dans ses projets marcher .solldemenl , Doit même caresser le sol qui l'imporlune ; Souvent le plus faible iiisirument Peut arrêter le vol de la forlmie, On nous faire au sommet monter rapidement.

Dl'BOIS.

Tout doit fléchir devant \otre Renie.

DOLCY.

Le tien est étonné?

DUBOIS

Monsieur, il s'humilie.

noLCY.

J'ai porté dans mon âme im œil ob.servateur. J'ai vu que l'amour-propre y régnail en vainqueur. De tous ses mouvemens élail le grand mobile; Et que la flalicric, audacieux reptile.

Se glissant avec art , et cachant le poison , Enivrait ai.sémeiit notre faible raison.

La flatterie est la reine du monde; Elle enchaîne les grands , calme l'enfant qui gronde , Désarme l'avarice et séduit la beauté.

Mais volons au séjour où cette déité A placé son autel et fixé sou empire : C'est là qu'au pied du tnine elle répand les fleurs; Que l'air est parfumé de ses douces vapeurs. Dans SCS yeux, sur sa bouche habile lesnurire; Là l'radoii est Racine, et Midas monseigneur ; Là le Crésiis ob.scur achetant .sa famille, Descend effrontément d'un héros de Castille; Là l'attrait de l'esprit couvre un vice du cœur; Un prince qui sait lire est traité de grand homme;

Et là surtout le ministre en faveur, Efface les héros d'Athènes et de Rome.

DUBOIS

D'après ce grand tableau, l'on n'est pas étonné De vuir monsieur Richard, dans le piège eiitrainé, Récompenser vos soins; payer de sa tendresse....

DnLCY.

Oui , c'est ici que brille mon adre.sse; Que j'ai su déployer l'art de faire ma cour. Enfant obscur de la finance; Mais ébloui parle faux jour Que jette autour de lui l'éclat de l'opulence, L'heureux Richard ne s'est plus reconnu ; Le miroir .s'est brisé qui rendait son image; Il s'enlle par degrés, se croit un personnage; Le bon Richard a disparu.

DUBOIS

C'est dommage vraiment ; j'aimais sa bonhomie.

DOLCY.

Pour moi qui, d'un coup d'œil, mesurai son génie,

.le résolus, et m'en trouve très bien , De faire son bonheur, en m'occupaiit du mien. S'il parle, j'applaudis, s'il se lait, je l'admire; S'il .sourit , je suis gai ; s'il pleure , je gémis.

DUBOIS

Et s'il tous.se ?

Je tous.se aussi.

Que l'homme vain est facile à .séduire! L'amour du bel-esprit le travaille aujourd'hui.

Par mes conseils, dont le charme l'entraîne. Il s'est imaginé qu'un hf mine comme lui Était né des beaux -arts l'arbitre et le Mécène : Il compo.sc lui-même, et fait des vers channans Comme tu peux juger.

DUBOIS

Oui, .sans doute, excellens; Il a cent mille écus de rente.

DOLCY.

Son marquisat surtout et le gonfle et l'enchante. Pour enchainer mon homme et flatter sou penchaut, Je lui fis un beau jour, la scène lut piquante, Acheter à grand prix ce marquisat brillant.

DCBOIS.

Aussi dè.s qu'il parait , du moment qu'il s'éveille , De ce litre pompeux vous bercez son oreille : A monsieur le marquis peut-on faiie sa cour? Ah ! monsieur le marquis , il fait le plus beau jour !

DOLCY.

Cela coiMe si peu !

DUBOIS

Si le ciel vous seconde , Ce bon mon.sieur Richard, vous le mènerez loin.

DOI.CY

Oui , je l'espère.

Et moi , j'espère , heureux témoin....

DOLCY.

Flattez, si vous voulez réussir dans le monde: Koir, blanc, .sottise ou non , de tout soyez charmé. L'important est deplaiie, et puis d'être estimé.

DUBOIS

Souvent certain esprit , dans son humeur étrange Repousse avec dédain....

DOLCY.

Qu'importe son humeur?

LE FLATTEUR

Recommencez, renforcez la louange; Tôt ou tard le Irait glisse et va Irapper le corur.

Dl BOIS.

Que Ton doit vous aimer ! quel talent enchanteur !

DOLCY.

Ainsi des sols humains , par un culte frivole, J'enchaiuc tour à tour les crédules esprits ; Mais si j'atteins le poj t. sur le rivage assis, Je renverse laulel , et méprise l'idole.

DL'BOIS

«Pour les faibles humains quelle haute leçon ! •

Je te parle en ami : ton zèle, ta prudence Ont mérité ma confiance.

DUBOIS

Que ne puis-je, monsieur, repondre à l'unisson!...

DOLCY.

Dubois est plein d'esprit.

DUBOIS

On puise à votre école....

DOICY.

Et je le croirais fait pour jouer un grand rôle.

DIBOIS.

11 est certain que .... >1ais fljtipz-vmis à présent, Ou parlez-vous sinctremenl?

DOLCY.

Moi, te flatter! Pourquoi? par quel système?

Dl B91S.

Peut-être aussi me croyez-vous un sot?

DIILCÏ.

Non, je découvre en toi cent qualités que j'aime.

Dt'BOis. à p'irt.

Oh! j'en ai peur ; il uj'y prendra moi-même.

DOLCY.

Ce maraud de marchand reviendra-til bientôt?

DCBOIS.

L'ami Germain ? Oui , je le pen.se :

Mais ne dif érez plus , ou gare la sentence; Le drôle sans pitié vous ferait arrêter.

DOLCY.

J'ai préparé mon plan , et bientôt je l'espère

! opiTCCi'iinl de loin Bicliard.) Afa ! monsieur le marquis, je n'osais me flatter....

Page 1