‹ Œuvres complètesChapitre 299 sur 416 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DOLCY, MELCOEUR.

MEfCOEPR

Votre hymen est conclu , mimsicur ; tort ou raison , ; Vous avez l'agrément de toute la maison ; Songez qu'en épousant une fille bleu née,

Vous r.^pondez de son bonheur :

C'est un devoir quiuipose 1 hyménée; Mais un devoir bien doux pour un liunnne d'honneur.

DOLCY.

Pour embellir ses jours, el tâcher de lui plaire, Je prétends imiter les vertus de son père.

MELCOEUR.

Tenez , mon cher monsieur, parlons ouvertement; Vous avez un dé.aul qui dégrade votre âme : Vous louez tout le monde, et Richard et ma femme, Et moi-même. Morbleu ! mortel très indulgent, .Sans cesse \os fadeurs fatiguent nos oreilles.

DOLCY.

J'aime à louer un sexe adorable, enchanteur.

MELCOEUR.

Oh ! pour les femmes, de bon cœur.

Elles vivent de miel , ainsi que les abeilles.

DOLCY.

On sait que chez les grands, pour s'ouvrir quelqu'accès, Il faut par cet appât apprivoiser leurs âmes.

MELCOECR.

Eh bien , mettez les grands dans la classe des femmes : Mais nous , monsieur, c'est nous traiter en vrais benêts , Que de nous débiter de ces fadeurs en face.

Eli ! croyez-moi , faites-nous grâce !

Que la vérité parle et se montre à nos yeux.

DOLCY.

Et qui récoulerait?

MELCOEUR.

Qui ? l'homme vertueux.

DOLCY.

La vérité, .sans doute , est belle sans nuage : Mais du poids de la haine on serait accablé.

Si, couvert du manteau du sage.

On allait aux humains, d'un crayon trop zélé, Leur marquer les défauts qui sont leur apanage.

MELCOEUR.

Je le sais ; aujourd'hui l'on est très réservé : On veut vi\ re pour soi , libre d'inquiélude. Qu'importe que le vice aille le front levé ! Mon repos, mon bonlieur, voilà ma seule étude. Corriger les humains, ce n'est pas mon emploi : Indulgent pour autrui, l'on le sera pour moi. Ainsi, grâce à nos mœurs , à noire tolérance, Un fat à nos côtés marche avec impudence. Et meurt sans se douter qu'il fut toujours un fat.

DOLCY.

Il a vécu du moins très content de lui-même : Est-ce un malheur? Pourquoi troubler ce doux état? Désabuser un sot qui s'admire et qui s'aime?

MELCOEUR.

11 ouvrirait l'oreille à de meilleurs avis. S'il redoutait le frein de la censure; Si du public l'intlexible droiture Le couvrait du sceau du mépris.

DOLCY.

Je me vois confondu par ce trait de lumière. Mais l'homme environne, pressé par la douleur, Se console souvent au .sein d'une chimère : Il veut être trompé! c'est peut-être un malheur; Mais il est plus cruel d'éclairer sa misère. Par c\eni|)le, un auteur, de ses lalens épris, Soumet à nos conseils les fruits de son génie. De ces messieurs on connaît la manie;

LE FLATTEUR

lis viennent ooiisiilter , mais pour être applaudis ; Que faire alors, monsieur?

UELCOEIIR.

Vous taire; Ou plutôt hardiment lui dire votre avis.

DOICY.

Mais on l'affligerait.

MEtCOElTR.

On lui rendrait service :

Nous le verrions alors, de ses faibles liavaux, Long-leuips, la lime en main, attaquer les défauts;

Ou si Minerve, à ses vœux peu propice. Jamais de son (lambeau n'échauffa ses esprits, Pressé par la critique il ,se ferait justice , Et nous délivrerait de ses tristes écrits.

DorcY.

Oui , je vois mou erreur, j'étais impardomiable : Que ne peut un ceiiseiu' aimable et plein d'esprit?

MELCOEUR.

Je ne me croyais pas d'une tournure aimable : Mais vous me l'apprenez , j'en ferai mon profit. Je vais trouver Richard , et régler tout de suite Les clauses du contrat.

( Il sort. )

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