‹ Œuvres complètesChapitre 382 sur 416 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Georges Richard avait prés de la Saône Un 1res beau champ que caressait Phabus,

PIECES FUGITIVES

11 y \ivait en petit LucuUus, Suivait tout doucement les lois de la nature , Sans coiinaitie pourlant les dogmes d'Épicure. Un seul souci troublait son horizon serein; Un animal féroce, lui loup du voisina,';e. J'aimerais mieux ce loup qu'un mec liani pour voisin , Pénétrai! dans l'elahle ou dans le pillura[;e, Dérobait un a;;ncau , quelque moiiion bénin. Ce ciiuie, qui blestail l'élernclle justice, Méritait à >es jeux le plus cruel supplice.

Or, pour surprendre et punir te larron, Notre honnne fit ou\ rie près de sa berfierie Un fossé qu'il cou» rit de fleur.i et deijaîon. Mit pour amorce auprès une brebis sans vie.

Au champ de Mars ainsi, Le subtil Annibal , par un art admirable De pièges et d'eri-eurs entourait l'ennemi. Des que la nuit , aux loups , aux brigands favorable.

Eut étendu son crêpe d..ns les cieux, Le féroce animal . soriani de son repaire,

Mai( he sans bruit , llaire , < herche des yeux ,

Arri\e auprès du gile tulelaire Où dorma'ent les moutons et le chien avec eux; Bientôt , à la lueur de la lune nai.ssanle,

Il aperçoit la victime innocente Que riioinme pré.senlail à sa voracité.

A cet aspect , d'espoir et de faim transporté,

Jouet d'une ruse infernale.

Il s'élance d'un bond sur l'auinrce fatale. Sous lui la terre s'ouvre, il tombe , en frémissant , Dans l'abîme secret oii le trépas l'attend.

Le lendemain . quand Phubus renais.'^ant , Des monts ailiers blanchit le faite, Eieiiard courut pour voii- si l'iuqiié ennemi Des honnnes. des moulons était pris et puni. Ah! pour le bon fermier quel plai.-ir, quelle fête! Alors que dans la fo.sse 11 le vil plus tremblant Qu'une jeune brebis dont l'oreille limide Des loups pendant la nuit entend le hurlement. «Par Jupiter, dit-il, le voili pris, pertide, Assassin , scélérat, enfin de les foriaits Tu vas recevoir le salaire !

— Des torfails, moi, lesquels? je n'en commis jamais.

— Q o; ! dans la rage sanguinaire, Ou dans les a|)pétils gloutons ,

Tu viens ici luer, dévorer mes moulons? — J'en contiens, mais vraiment noire crime est semblijblé' Vous les tuez, vous les mangez aussi , Leurs membres déchirés brillent sur voire table. Pouvez-\ous me blâmer en agissant ainsi ?

— Ah! «omir.e toi je suis coupable.

Scélérat , lu mourras. — Je suis pris, c'est mon tort.

— Et je puis me venger. — Vous êtes le plus lort.

— Juge donc mes droits. • A ces mots, il l'assumnie. Le loup en expirant , lui dit ; « Ah , méchant homme ! Le plus fort est au.ssi le plus fa'ble i .son tour. »

Trois mois après, vers le déclin du jour, Richard, eu iraversaiit un bois sombre et paisible,

Par trois voleurs est arrêté.

Çii. la boui>e ou la \k? A cet ordre terrible

Noire Icrmicr, .soit intrépidité, Soil amour pour son or, résiste avec audace; Armé de son bâton , prétend , nouvel Horace, Seul terrasser trois coinbatians.

Blessé , vaincu par les brigands, Dépouillé de ses vttemens , A demi mort , étendu sur la terre, Il se rappelle alors, par un jiisie retour. Ce qu'avait dit le loup .i son heure dernière: Le plus fort est au.ssi le plus faible à son tour.

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