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LES LUNETTES

Nous naissons imparfaits , nous dit un vieil adage; Privé d'instinct , de Ions les animaux

l.'homine serait le plus sauvage, Si la culture, et de si longs travaux ^e façoiina'ent son àme et son langage.

L'animal plus heureux , lendre Iruii de l'amour.

Apprend à se conduire eu respirant le jour.

Nous avons, il est vrai, ta raison en partage;

Mais chacun , ici bas, ignorant ou docteur. Fait parier cet oracle au gré de sou humeur.

Allons au lail ; dans un bourg ou village Près des bords oii le Riiin roule ses Ilots grondans, Vivaient deux jeunes gins;

Tous deux s'ainiaieni , coiiiine on aime au liel âge,

Lorsqu un peu dor, ou bien quelque héritage, >e trouble pas ces noeuds cliarmaiis.

Ces amis di léraieni de mœurs, de caractère;

La nature se plait à la variété.

La r. se voit i .son coté

Le froid pavol lever sa tète allière.

L'un des deux , Kerdiiiand, élail dhumeur légère, Ardcni pour les plaisirs, paresseux, sans souci; Un livre lui semblait le dépôt de l'ennui, Et la .science une chimère.

Mais son compagnon Nicolas Était un p'.iildsopl.e, et ne s'en doutait pas : • Je lis peu, disail-il, mais je lU'dile un livre; Je lis pour m'cclairiT, devenir verluenx , El non I our c laler un savoir orgueilleux. A quoi bon le savoir s'il ne m'apiirend à vi\Te?» Souvenl il repioihail au léger Keidinand

Une ig orame indigne de son rang, El son dégoiU pour la lecture.

Il lui disait: • Lhoinmeest fait pour penser; Pour pen.ser, il faut lire , el ne pas se las.ser. Le .sol le plus feriile a besoin de culture. • Celui-ci répondait

En ricanant: • Di;es-moi , .s'il vo.is plaît, Quand ou a lu les G. e;s , lous les docteurs de Rome, En digère-l-ou mieux i' dorl-on d'un meil'eur somme?

Voii-oii plus clan- an milieu de la nuit?» Le prudent Mcoiasse lut; qn'auiaitil dit? Avec les ignoi'ans se laire est le plus sage. Le hasa.dqui fil Rome el détruisit Carihage,

Amena dans ce canlon Un quidam qui vendait mainle et mainte lunette;

Et iMcolas , j'en dirai la raison, D'une paire fil l'einplcie Son ami, né invope, avec peine y vovait

A quatre pas; et souvent il prenait Un b(fu: pour un mouton , un âne pour un homme , El du chapeau le saluait.

Cet achat laii, du temps très économe, Il mena son ami sur un co;eau voisin ;

L.'i, surit' nez lii mit le verre opiique; Puis lui dit: • Regardez; • il regarde soudain, El iransporlé s'écrie : « Ah! quel verre magique! Quel bonheur, mou ami, comme je lois au loin! Je vois voire clocher el son cn(| dans la nue. Deux moines, deux enfans qui courent dans la rue, La maison du curé , le noiaire du coin ; Je vois, plus loin encor la maison de l'ermite; Ah ! comme j'y vois bien ! —Je vous en félicite; Mon ami , ces lunetles-U, Ce verre si fragile.

Vous donnent , en ce jour, une leçon utile.

Un ignorant , relenez bien cela.

Est un myope , un homme à courte vue, Qui fait , à chaque pas , mainte et mainle bévue. Le savoir esl pour nous ce verre industrieux Qui des objets hiintaiiis nous rapproche les yeux. De maints sots préjugés nous dissipe les ombres,

PIECES FUGITIVES

Nous mon! re le cheni'ii dans los lieux les plus sombres. » I\lais il pr.'i lidiiuii sourd... L'ii(iininec.>i né paresseux, Kl l'on vtrrdil en loiile (rioi-e des po.les, Des essaioLs de dorleiir» si , comme pour les yeux , Au marche, pour l'espril, on vendait des luneues.

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