FABLE
Oui , sans l'orgueil , la paix i ègnerait sur la terre , Et tout homme, sans lui. fOt il du sang des rois, F.clat ou grand vizir enihra.scrait en Irere Le pauvre, l'opulent, le furc ou le Chiiioi.s.
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PIÈCES FUGITIVES
Et qui de tous ne sait qoe l'orgueil , aiitrefois, Alluma dans le ciel le llauibeau de lar.uerre? So>oiis donc peu surjn is de l'or.'iiicii des luiuiains: Plus nous sfniines pelils, et pins nous sommes vains. Mais l'iiomme avec le lenips sera plus raisonnable.
En allendanl ce jour heureux,
Je vais répéter une lable,
Que je liens d'un auteur fameux.
Un marronnier atteint de ce délire,
(l'est l'orfîueil que je prétends dire, Fier de sa liante tip,e et du front glorieux i^ui semblait s'élever à la voilte des cieux ,
En pitié rejiardait la terre, Voyait, non loin de lui, d'un regard de colère, Un péclier, de Pomone humble et dier nourrisson , Plus honoré que lui , le couvrir d'un affront.
Par une injuste préférence, Leniaitre du jardin le comblait de faveurs, Enionda t se> rameaux, veillait sur sa croissance, Et dans l'hiver, dans la saison des fleurs, Il redoublait desoins, de vij;ilance.
Tandis que lui , bel arbre , il était délaissé, Parce inailre insensé.
Dans son courroux, à l'arbuste il .s'adresse: «Être chetif , dit- il , avorton, pauvre espèce. Tu brilles, tu jouis du .sort le plus tlaiteur; Et moi , de ce jardin , et la gloire et l'honneur, Tout la belle stru( turc et le riche feuilla.'je Aux pasteurs, aux troupeaux prèle un si bel ombrage.
Je suis Oh ! c'en est trop; t m succès odieux
Me fait pre.sque douter de l'équité des dieux...» Le pécher écoutait ce langage sublime
A'ec un dédai,';neux souris.
Qui jouit de .sa propre estime Brave facilement un injuste mépris.
Il allait cependaiU repojsser cet outrage Par un discours jen é, peut-être un peu malin, Alors qu'il aperçut un grave personnage. Qui venait à pas Unis, tenant un livre en main Pour profiter du leujps et tromper le chemin. Cet honmie était un sage, un ph lOiophe. On en \oit peu dune parelle étoffe.
11 aimait le re|ios , les arts, la gloire peu , Mais la venu beaucoup, et daignait croire en Dieu;
Passait l'été sous le feuillage
D'un petit bien qu'il cultivait.
Et son hiver dans le village ,
Prés d'un bon eu qu'il attirait.
L'arbuste dit alors au superbe adversaire Qui l'insultait du haut de sa grandeur :
• Ici \onle7.-V(ius sanstolere
Savoir ^otre juste valeur?
Pour arbitre prenons cet homme qui s'avance. — Volontiers, répond-il ; je lui crois de l'esprit; Et son air grave annonce un animal qui pense. » Du .sujet de la rixe aussitôt on l'instruit. • Pour bien juger, dit-il , une si grave affaire , 11 faudrait de fliémis .soulever le bandeau ; L'un superbe, élevé; l'autre humble, prés de terre. Vous différez autant (|ue l'aigle du moineau. Mais voyons votre fruit, c'est un témoin fidèle, C'ejt par leiiri fruits qu'on ju ;e hommes et végétaux.»
Notre sage , en disant ces mots , Cueille légèrement la pêche la plus belle;
Il la gotUe, il la mange , et son suc parfumé Lui parait l'aliment des dieux tant estimé ; Goiite ensuite un marron ; «Oh! fruit abominable!
S'écria-t-il dans son courroux, Tu m'as empoisonné!.. ■ Méditez à part tous, Pêchers et marronniers , le sens de cette fable.
A AMÉLIE
Oui je Tieillis, mais j'aime encore; Il faut aimer pour élre heureux; IVouveau Tithon, de mon Aurore, Un seul baiseï' coiuble mes vœux.
Libre de soins, d'inquiétude, Je mêle à beaucoup de loisir Une légère et douce étude; Il faut penser, pour mieux sentir.
Ami du calme et du silence , Dans ma cellule je me p'ais, Heureux celui qui lit , qui pen.se , Aime des champs l'ombre et la paix.
Mais malheur au mortel sauvage Qui vit seul , du monde eriueiui.
L'homme .sensible, le vrai sage Dans un homme voit un ami.
Assis au banquet de la vie Encore pour quelques momens.
Je file avec économie Les heures qu'emporte le temps.
Près de la fin de mon voyage.
J'en vois le terme sans frayeur, Et nul regret ,'* ce passage , Nul remords n'alarme mon cœur.
Dans mes rêves je me rappelle Du temps passé les jours, les mois, Et par ce souvenir fidèle Toujours heureux je \ is deux fois.
Un jour, hélas ! jeune Amélie , Ma mort fera couler tes pleurs.
Tu gémiras, ma douce amie; L'écho redira tes douleurs.
Mais arrête tes douces larmes; Cueille des ro.ses pour ton deuil.
Et viens, couverte de tes charmes, Les déposer sur mon cercueil.
Crois-m'en , un dieu plein de tendresse Pie voit en nous que ses enfans ; Sa bonté sur notre faibles.se Jette des regards indulgens.
Pour lui , rempli de confiance, Je m'abandonne à .son amour, Et je mourrai dans l'espérance De te revoir dans sou séjour.
PIÈCES FUGITIVES