SUR M. DE LANTIER
causerie pleine d'abandon , enjouée , sérieuse , toujours aimable , sans prétention , sans recherche, sans fadeur.
Presque tous les biographes ont donné à E.-F. de Lantier deux ouvrages qu'il n'a point faits: j'ignore de qui est le Faquir (conte); les Réflexions sur le plaisir par un Célibataire sont de Grimod de la Reynière '.
En 1814, E.-F. de Lantier abandonna la capitale qu'il aimait pour venir finir ses jours sous le beau ciel de son pays qu'il aimait plus encore. Les loisirs du vieillard ne furent pas inutiles à son bonheur et à nos plaisirs; il faisait lire aux séances de l'Académie de Marseille des contes charmans qui toujours lui méritaient des applaudissemens de bon aloi. Renouvelant pour lui l'hommage rendu à Voltaire, les Marseillais se portèrent en foule au spectacle lorsque l' Impatient , remis au théâtre, fut représenté en présence de l'auteur. Couvert de fleurs, de couronnes, le vieillard s'écriait, les larmes aux yeux: «Encore un jour de bonheur ! «
dans aucune occasion à attirer sur lui la faveur du pouvoir , ni à s'élever autrement que par ses ouvrages ; il refusa même constanmient de se mettre sur les rangs lorsqu'une place venait à vaquer à l'Institut. «J'aime • mieux , répétait-il à ses amis , que l'on demande pour- « quoi je n'y suis pas , que pourquoi j'y suis. ■ Aussi sa vie fut-elle douce et heureuse , mais moins brillante qu'elle n'aurait dû l'être.
• Chevalier de Saint-Louis sous l'ancien réf;ime, Lantier resta tidèle au souvenir deceux qu'il avait servis. Il mourut à Marseille où il était né. L'Académie de cette ville rendit un juste hommage à sa mémoire; mais les journaux de Paris , tout occupés de politique , lui consacrèrent à peine quelques lignes. Ses ouvrages y suppléeront : son Impatient, représenté en 1778, le Flatteur , un grand nombre de poésies , q\ielques romane et contes philosophiques, et surtout les Foyages rf'^nfC/ior, traduits dans toutes les langues de l'Europe, lui assurent un rang distingué parmi les littérateurs de notre siècle.
" J'ajouterai que c'est avec une véritable satisfaction que je rappelle Ici le mérite et le talent distingué du digne l.«mtier qui était un des hommes que j'esliinais le plus. • ( Note de l'Éditeur. )
' On lui a également attribué Lucette et les Coquettes rivales. Il n'a jamais composé d'aulres pièces de théâtre que le Jeune Métastase à Naplcs , l' Impatient , le Flatteur, les Rivales, qu'on trouvera dans cette édition, et deux autres comédies en vers, l'Inconséquent , trois actes, et le Confiant, cinq actes, ouvrages posthumes, qui auraient été joints à ses œuvres ,si l'auteur, en les retouchant, avait indiqué clairement ses corrections.
{Note de l'Éditeur.)
Son grand âge n'avait point éteint son amour pour l'étude et la poésie ; il leur dut une vieillesse heureuse : ;\ 91 ans il offrit aux Muscs un dernier tribut en publiant Geoffroy littdel, ou le Troubadour, poëme en huit chants.
-Si quelques passages de cet ouvrage se ressentent de la faiblesse de l'ige , qui pourrait se montrer sévère? L'histoire offre- t-elle l'exemple d'un nonagénaire dont l'imagination est assez vive pour enfanter un poëme de cinq mille vers ?
E.-F. de Lantier vécut douze ans à Marseille. Les saillies de sa conversation , l'urbanité de ses manières, la simplicité de ses mœurs, rappelaient Fontenelle avec plus d'affabilité , un esprit aussi vif et moins porté au sarcasme. Tous ceux qui l'ontconnu se souviennent de sa bonhomie, de sa crédulité qui était celle d'un enfant, et l'indice d'une belle âme '.
Il avait survécu à l'école Voltairienne; il avait vu toutes les phases de cette philosophie légère, frondeuse, superficielle, qui n'est plus celle de nos jours; philosophie trop peu logicienne, insuffisante à nos esprits nourris dans les révolutions, devenue pour nous un système mort, mais qui a rendu un grand service en popularisant l'instruction, en la dépouillant de ses formes arides , en la revêtant d'un langage enjoué.
Si on peut reprocher à E.-F. de Lantier un scepticisme peu réfléchi , trop de légèreté sur des matières graves et saintes, on s'en prendra à son siècle ; aux sociétés dans lesquelles il passa sa vie : il était difficile de sortir chrétien des salons de madame Geoffrin ou de madame du Ueffand. Ses erreurs furent celles de toute son époque; et lui, du moins, ne partagea pas le délirant fanatisme des Diderot, des Raynal , des d'Holbach. Il n'est pas rare de le trouver argumentant contre les philosophes : « Nos petits « philosophes du jour, a-t-il dit, qui ont l'imagi- « nation aussi aride que le cœur, se moquent de « toute cérémonie religieuse, de tout acte de piété , « de nos fêtes solennelles, de tout rapport enfin « de l'homme avec Dieu. Pauvres êtres, qui ne se <i doutent pas que la religion parle au cœur , et « que l'on conduit les hommes par le sentiment,
' Il a écrit, et il répétait souvent ; «Il n'y a que les sots qui vieillissenl...." Aussi a-t-il conservé jusqu'à son dernier jour toute sa raison et toute sa gaieté. On ne quitte pas la vie de meilleure grâce.
Mj NOTICE BIOGRAPHIQU
« et non par la dialectique et les sopliismes ! » — 0 0 doux moment ! s'écrie t-il dans la même page. « Touchante cérémonie , qui fait intervenir Dieu « et la religion dans un acte civil , pour rendre le « mariage plus respectable, plus sacré, et ses « Doeuds indissolubles ! »
( Fofageurs en Suisse. — Lettre xivi.)
Ses railleries étaient quelquefois blâmables , mais il ne fut jamais ligué avec la grande secte. Sans être imbu des croyances religieuses de nos pères, il en possédait toutes les vertus chrétiennes ; il ne connut jamais la haine, oubliait les injures,