‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 135 sur 295 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Imprimées en 1609 avec le titre de chaison clans le Nouveau Parnasse et clans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps. « M. de Racan, dit Ménage, croit que Malherbe fit ces stances pour lui-même. » Elles sont adressées à la vicomtesse d'Auchv.

Laisse-moi, raison importune, Gesse cVaffliger mon repos , En me faisant mal à propos Désespérer de ma fortune ; Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.

Si l'Amour en tout son empire , Au jugement des beaux esprits , N'a rien qui ne quitte le prix A celle pour qui je soupire , D'où vient que tu me veux ravir L'aise que j'ai de la servir?

A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraîcheur ?

Quelle neige a tant de blancheur Que sa gorge ne la surmonte ?

Et quelle flamme luil aux cieux Glaire et nette comme ses yeux ?

i3-i8. Voyez plus haut la notice de la pièce xxrx.

POÉSIES, XXX. i3i

Soit que de ses douces merveilles

Sa parole enchante les sens, 20

Soit que sa voix de ses accents

Frappe les cœurs par les oreilles ,

A qui ne fait-elle avouer

Qu'on ne la peut assez louer?

Tout ce qije d'elle on me peut dire , 2 5

C'est que son trop chaste penser,

Ingrat à me récompenser ,

Se moquera de mon martyre :

Supplice qui jamais ne faut

Aux désirs qui volent trop haut. 3o

Je l'accorde , il est véritable :

Je devois bien moins désirer ;

Mais mon humeur est d'aspirer

Où la gloire est indubitable.

Les dangers me sont des appas ; 3 5

Un bien sans mal ne me plaît pas.

Je me rends donc sans résistance

A la merci d'elle et du sort ;

Aussi bien par la seule mort

Se doit faire la pénitence 4 •>

D'avoir osé délibérer

Si je la devois adorer.

3o. Var. (K) : A celui qui vole trop haut

i32 . POÉSIES, XXXI.

Imprimé en 1609 dans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps.

Eertlielot, qui détestait Malherbe et la vicomtesse d'Aucliv, a fait de ce sonnet une parodie, dont voici quelques vers :

De toutes les laideurs Francine est la plus laide

La cire de ses yeux éblouit les regards ;

Ainsi que dans le miel Amour y tient ses dards,

Dont 11 la perce à jour comme l'on fait un crible.

Mes yeux en la voyant font un mauvais repas : Qu'en dis-tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible D'avoir du jugement et ne l'abhorrer pas?

11 n'est rien de si lieau comme Caliste est belle , C'est une œu\Te où nature a fait tous ses efforts ; Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors, S'il n'élève à sa gloire une marque éternelle.

La clarté de son teint n'est pas chose mortelle ; ■>

Le baume est dans sa bouclie, et les roses dehors; Sa parole et sa voix ressuscitent les morts , Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa gorge éblouit les regards;

Amour est en ses yeux, il v trempe ses dards, 10

10. A propos de ce vers, Mme de Rambouillet disait, suivant Tallemant (Historiette de la licomfesse d'Jiicliy), que Malherbe avait

POÉSIES, XXXI. in

Et la fait reconnoître un miracle visible.

En ce nombre infini de grâces et d'appas,

Qu'en dis-tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible

D'avoir du jugement, et ne l'adorer pas?

raison , car les yeux de la vicomtesse pleuraient presque toujours et a l'Amour pouvoit trouver rie quoi tremper ses darcls tout à son aise. »

i34 POESIES, XXXII.

Publiées en 1609 avec le titre de cliaiison dans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps,

(S. M. de Racan, dit Ménage, croit que ces stances ont été faites par

Malherbe pour la vicomtesse d'Auchi Mais Mme la marquise de

Rambouillet m'a assuré qu'il les avoit faites pour une certaine Mme la comtesse de la Roche, au nom de laquelle il avoit visé en cet endroit de ces mêmes stances :

Avec quelle raison me puis-je fîgtirer

Que cette âme de roche une grâce m'octroie?

Parmi les lettres de Théophile il y en a une à cette Mme la comtesse de la Roche, s C'est probablement la même dont Malherbe parle dans une lettre à Peiresc du 5 avril i()ii, et qui à cette date était depuis trois jours à l'agonie.

Le dernier de mes jours est dessus l'horizon ;

Celle dont mes ennuis avoient leur guérison

S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes ;

Je fais ce que je puis, l'en pensant divertir;

Mais tout m'est inutile, et semble que mes larmes »

Excitent sa rigueur à la faire partir.

Beaux yeux , à qui le ciel , et mon consentement ,

Pour me combler de gloire, ont donné justement

Dessus mes volontés un empire suprême ,

Que ce coup m'est sensible 5 et que tout à loisir i o

Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême

Est toujours à la fin d'un extrême plaisir.

Quel tragique succès ne dois-je redouter

POÉSIES, XXXII. lis

Du iuiiesle voyage où vous m'allez ôter

Pour un terme si long tant cFaimables délices , i 5

Puisque votre présence étant mon élément ,

Je pense être aux enfers , et souffrir leurs supplices ,

Lorsque je m'en sépare une heure seulement!

Au moins si je voyois cette fière beauté

Préparant son départ cacher sa cruauté a o

Dessous quelque tristesse, ou feinte, ou véritable;

L'espoir, qui volontiers accompagne l'amour,

Soulageant ma langueur, la rendroit supportable,

Et me consoleroit jusques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ? % h

Avec quelle raison me puis-je figurer

Que cette âme de roche une grâce m'octroie?

Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi.

Son humeur se dispose à vouloir que je croie

Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi? ;<<■

Puis étant son mérite infini comme il est ,

Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît ,

Quelques lois qu'elle fasse, et quoi qu'il m'en advienne,

Sans faire cette injure à mon affection

D'appeler sa douleur au secours de la mienne , 3 ô

Et cherclier mon repos en son affliction?

Non, non, qu'elle s'en aille à son contentement.

Ou dure ou pitoyable, il n'importe comment;

Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite;

Et quand de mes souhaits je n'aurois jamais rien , ,', «

Le sort en est jeté, l'entreprise en est faite,

i|0. Vak. (H, K, N) : Et qiuuid de mes travaux

i36 POÉSIES, XXXII.

Je ne saurois brûler d'autre feu que du sien.

Je ne ressemble point à ces loibles esprits ,

Qui bientôt délivrés , comme ils sont bientôt pris ,

En leur fidélité n'ont rien que du langage; 4 5

Toute sorte d'objets les touche également;

Quant à moi, je dispute avant que je m'engage.

Mais quand je l'ai promis, j'aime éternellement.

48. a J'ai appris de M. de Racan , dit encore Ménage, que ceUe stance et celle qui commence par Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure , qui est de la plainte d'Alcandre pour la captivité de sa maîtresse (voyez p. ifîo), étoient les deux de toutes les poésies de Malherbe que Malherbe estimoit davantage. » — On sait que, quand il s'agit de leurs œuvres, les auteurs et les artistes sont loin d'être des juges infaillibles.

POÉSIES, XXXIII. i37

Imprimé, comme les pièces précédentes, dans le recueil de ifiog, et adressé à la vicomtesse d'Auchy.

Beauté , de qui la grâce étonne la nature , 11 faut donc que je cède à l'injure du sort , Que je vous abandonne , et loin de votre port M'en aille au gré du vent suivre mon aventure.

11 n'est ennui si grand que celui que j'eadure; s

Et la seule raison qui m'empêche la mort, C'est la doute que j'ai que ce dernier effort Ne fût mal employé pour une âme si dure.

Caliste, où pensez-vous? qu'avez-vous entrepris Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris, Qui de ma patience indignement se joue?

Mais , ô de mon erreur l'étrange nouveauté ! Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue Que je dois mon salut à votre cruauté.

i38 POÉSIES, XXXIV.

Imprimé dans le même recueil de 1609, avec le titre de cliaitson.ll n'est guère besoin de dire qu'ici, comme dans la pièce suivante, il s'agit de Fontainebleau, dont le château et les jardins durent de nombreux embellissements à Henri IV, qui y lit travailler dès l'année iSgS.

Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure , Superbes de matière , et d'ouvrages divers , Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fait céder la nature;

Beau parc, et beaux jardins, qui dans votre clôture Avez toujours des fleurs , et des ombrages verts , Non sans quelque Démon qui défend aux hivers D'en effacer jamais l'agréable peinture;

Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs , Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs Mon htimeur est cliagrine, et mon visage triste,

Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas ; Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Galiste, Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.

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