‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 162 sur 295 · A LA REINE, MÈRE DU ROI, PENDANT SA RÉGENCE · texte numérisé non relu

A LA REINE, MÈRE DU ROI, PENDANT SA RÉGENCE

Imprimées en ifiao dans le tome I des Délices de la poésie française, et composées probablement en ifiii, au moment où l'on commençait à parler du double mariage d'Espagne.

( Il est à remarquer, dit Ménage, que tous les vers de ces stances sont masculins. ^Malherbe les fît sur l'air de cette chanson qui couroit de son temps :

Belle qui m'avez blessé d'un trait si doux , Hélas! pourquoi me laissez-vous?

Moi qui languis d'un cruel désespoir, Quand je suis sans vous voir.

Mais elles ne purent être chantées, le premier vers étant trop court d'une syllabe. J'ai appris cette particularité de M. de Racan, de qui j'ai appris aussi que Malherbe n'avoit point d'oreille pour la musique, et qu'il n'a jamais pu faire de vers sur les airs que les musiciens lui donuoient. » Jamais, est trop dire, car Malherbe y réussit au moins une fois en sa vie. Il nous l'apprend lui-même, dans une lettre écrite à Peiresc le ii février i6i3 : « Il y a quelques jours que la Reine m'avoit commandé des vers sur l'air d'une chanson italienne; ce n'a pas été sans peine ; tant y a que je les ai achevés à son contentement, et que la Bailli, qui les a chantés devant elle, a dit qu'ils étoient entièrement semblables aux italiens; aussi la Reine l'avoit envovée les concerter avec moi. »

Objet divin des âmes el des yeux ,

Reine le chef-d'œuvre des cieux , Quels doctes vers me feront avouer Digne de te louer?

I. Vah. (P) : Objet divers.... (ce qui est évidemment une faute d'impression}.

Les monts fameux des vierges que je sers 5

Ont-ils des fleurs en leurs déserts Qui s'efforçant d'embellir ta couleur , Ne ternissent la leur?

Le Thermodon a vu seoir autrefois

Des reines au trône des rois ; 1 n

Mais que vit-il par qui soit débattu Le prix à ta vertu ?

Certes nos lis , quoique bien cultivés,

Ne s'étoient jamais élevés Au point heureux où les destins amis i 5

Sous ta main les ont mis.

A leur odeur TAnglois se relâchant,

Notre amitié va recherchant; Et l'Espagnol, prodige merveilleux!

Cesse d'être orgueilleux. 20

De tous côtés nous regorgeons de biens ;

Et qui voit l'aise où tu nous tiens, De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.

Quelque discord murmurant bassement , 2 5

Nous fit peur au commencement; Mais sans effet presque il s'évanouit , Plus tôt qu'on ne l'ouït.

Tu menaças l'orage paroissant,

9. Rivière du Pont, sur les bords de laquelle habitaient les Amazones. C'est aujourd'hui le Termeh.

ifi. L'édition de iflSo et celle de ifiSi portent par erreur : les a mis.

Et tout soudain obéissant, 3o

Il disparut comme flots courroucés Que Neptune a tancés.

Que puisses-tu, grand soleil de nos jours,

Faire sans fin le même cours , Le soin du ciel te gardant aussi bien , 35

Que nous garde le tien !

Puisses-tu voir sous le bras de ton fils

Trébucher les murs de Mempliis ; Et de iVIarseille au rivage de Tyr

Son empire aboutir! 40

Les vœux sont grands; mais avecque raison

Que ne peut l'ardente oraison ?

Et sans flatter ne sers-tu pas les Dieux Assez pour avoir mieux ?

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