L'assassinat de Henri IV
1 10. Les deux victoires bien cojuuies remportées sur les huguenots par Henri lU, alors duc d'Anjou.
Dont la fortune est la meilleure ,
Ne chercher que troubles nouveaux ;
Et ressembler à ces fontaines 1 1 'i
Dont les conduites souterraines
Passent par un plomb si gâté,
Que toujours ayant quelque tare,
Au même temps qu'on les répare
L'eau s'enfuit d'un autre côté? 120
La paix ne voit rien qui menace De faire renaître nos pleurs ;
Tout s'accorde à notre bonace;
Les hivers nous donnent des fleurs ;
Et si les pâles Euménides , !■>.'>
Pour réveiller nos parricides ,
Toutes trois ne sortent d'enfer ,
Le repos du siècle où nous sommes
Va faire à la moitié des hommes
Ignorer que c'est que le fer. i 3o
Thémis, capitale ennemie
Des ennemis de leur devoir,
Gomme un rocher est affermie
En son redoutable pouvoir;
Elle va d'un pas et d'un ordre i 3 5
Où la censure n'a que mordre;
Et les lois qui n'exceptent rien
De leur glaive et de leur balance ,
Font tout perdre à la violence
Qui veut avoir plus que le sien. 140
Nos champs même ont leur abondance , Hors de l'outrage des voleurs ; Les festins, les jeux, et la danse
POÉSIES, LXIV. /i".
En bannissent toutes douleurs.
Rien n'y gémit, rien n'y soupire; i /, ï
Chaque Amarille a son Tityre,
Et sous l'épaisseur des rameaux,
II n'est place où l'ombre soit bonne ,
Qui soir et matin ne résonne
Ou de voix, ou de clialumeaux. i 5o
Puis quand ces deux grands hyménées,
Dont le fatal embrassement
Doit aplanir les Pyrénées ,
Auront leur accomplissement ,
Devons-nous douter qu'on ne voie, i .') '.
Pour accompagner cette joie,
L'encens germer en nos buissons ,
La myrrhe couler en nos rues ,
Et sans l'usage des charrues,
Nos plaines jaunir de moissons? 1 6 «
Quelle moins hautaine espérance
Pouvons-nous concevoir alors,
Que de conquèter à la France
La Propontide en ses deux bords .'
Et vengeant de succès prospères 1 6 ï
Les infortunes de nos pères ,
146. La fin df celU' stroplic rappi-IU' et dcvcloppe ces vers si connus fie la première Eglogue de Virgile :
Tu Tityre, lentus in unihra,
Formosani resonare doces Amaryllida silvas.
iDi-i53. Voyez, la notice de la pièce i.vm.
i53. Ou voit que ^lalherbe a été le premier à dire le fameux mot ; Il n'y a plus de Pyrénées, si gratuitement prêté à Louis XIV. (Voyez le Journal de Daugeau, édit. Didot, tome VII, p. 4i8, 419)
i58- Les éditions de i()3o et i63i ont lu myrtlie pour la myrrhe.
2iG POÉSIES, LXIV.
Que tient l'Egypte ensevelis,
Aller si près du bout du monde ,
Que le soleil sorte de Tonde
Sur la terre des fleurs de lis ? 1 7 «
Certes ces miracles visibles
Excédant le penser bumain ,
Ne sont point ouvrages possibles
A moins qu'une immortelle main.
Et la raison ne se peut dire , 175
De nous voir en notre navire
A si bon port aclieminés ,
Ou sans fard et sans flatterie,
C'est Pallas que cette Marie ,
Par qui nous sommes gouvernés. i 80
Quoi qu'elle soit , Nymphe ou Déesse ,
De sang immortel ou mortel ,
Il faut que le monde confesse
Qu'il ne vit jamais rien de tel;
Et quiconque fera l'histoire i 8 5
De ce grand chef-d'œuvre de gloire,
L'incrédule postérité
Rejettera son témoignage ,
S'il ne la dépeint belle, et sage
Au deçà de la vérité. lyo
Grand Henri, grand foudre de guerre,
Que cependant que parmi nous
Ta valeur étonnoit la terre ,
Les Destins firent son époux;
Roi dont la mémoire est sans blâme , 195
ififi, 167. Allusion à lu premièrvi croisade de saint Louis.
POESIES, LXIV. 'xi-]
Que dis-tu de cette belle âme ,
Quand tu la vois si dignement
Adoucir toutes nos absinthes ,
Et se tirer des labyrinthes
Où la met ton éloignement? 200
Que dis-tu lors que tu remarques
Après ses pas ton héritier ,
De la sagesse des monarques
Monter le pénible sentier?
Et pour étendre sa couronne , 205
Croître comme un faon de lionne?
Que s'il peut un jour égaler
Sa force avecque sa furie ,
Les Nomades n'ont bergerie
Qu'il ne suffise à désoler. 2 i o
Qui doute que si de ses armes
llion avoit eu l'appui,
Le jeune Atride avecque larmes
Ne s'en fût retourné chez lui ;
Et qu'aux beaux champs de la Phrygie , 2 i 5
De tant de batailles rougie ,
Ne fussent encore honorés
Ces ouvrages des mains célestes ,
Que jusques à leurs derniers restes
La flamme grecque a dévorés ? 220
318. Les muis de Troie avaient été bâtis {)ar Apollon et Neptiinc.
2i8 POÉSIES, LXV.