‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 174 sur 295 · L'assassinat de Henri IV · texte numérisé non relu

L'assassinat de Henri IV

1 10. Les deux victoires bien cojuuies remportées sur les huguenots par Henri lU, alors duc d'Anjou.

Dont la fortune est la meilleure ,

Ne chercher que troubles nouveaux ;

Et ressembler à ces fontaines 1 1 'i

Dont les conduites souterraines

Passent par un plomb si gâté,

Que toujours ayant quelque tare,

Au même temps qu'on les répare

L'eau s'enfuit d'un autre côté? 120

La paix ne voit rien qui menace De faire renaître nos pleurs ;

Tout s'accorde à notre bonace;

Les hivers nous donnent des fleurs ;

Et si les pâles Euménides , !■>.'>

Pour réveiller nos parricides ,

Toutes trois ne sortent d'enfer ,

Le repos du siècle où nous sommes

Va faire à la moitié des hommes

Ignorer que c'est que le fer. i 3o

Thémis, capitale ennemie

Des ennemis de leur devoir,

Gomme un rocher est affermie

En son redoutable pouvoir;

Elle va d'un pas et d'un ordre i 3 5

Où la censure n'a que mordre;

Et les lois qui n'exceptent rien

De leur glaive et de leur balance ,

Font tout perdre à la violence

Qui veut avoir plus que le sien. 140

Nos champs même ont leur abondance , Hors de l'outrage des voleurs ; Les festins, les jeux, et la danse

POÉSIES, LXIV. /i".

En bannissent toutes douleurs.

Rien n'y gémit, rien n'y soupire; i /, ï

Chaque Amarille a son Tityre,

Et sous l'épaisseur des rameaux,

II n'est place où l'ombre soit bonne ,

Qui soir et matin ne résonne

Ou de voix, ou de clialumeaux. i 5o

Puis quand ces deux grands hyménées,

Dont le fatal embrassement

Doit aplanir les Pyrénées ,

Auront leur accomplissement ,

Devons-nous douter qu'on ne voie, i .') '.

Pour accompagner cette joie,

L'encens germer en nos buissons ,

La myrrhe couler en nos rues ,

Et sans l'usage des charrues,

Nos plaines jaunir de moissons? 1 6 «

Quelle moins hautaine espérance

Pouvons-nous concevoir alors,

Que de conquèter à la France

La Propontide en ses deux bords .'

Et vengeant de succès prospères 1 6 ï

Les infortunes de nos pères ,

146. La fin df celU' stroplic rappi-IU' et dcvcloppe ces vers si connus fie la première Eglogue de Virgile :

Tu Tityre, lentus in unihra,

Formosani resonare doces Amaryllida silvas.

iDi-i53. Voyez, la notice de la pièce i.vm.

i53. Ou voit que ^lalherbe a été le premier à dire le fameux mot ; Il n'y a plus de Pyrénées, si gratuitement prêté à Louis XIV. (Voyez le Journal de Daugeau, édit. Didot, tome VII, p. 4i8, 419)

i58- Les éditions de i()3o et i63i ont lu myrtlie pour la myrrhe.

2iG POÉSIES, LXIV.

Que tient l'Egypte ensevelis,

Aller si près du bout du monde ,

Que le soleil sorte de Tonde

Sur la terre des fleurs de lis ? 1 7 «

Certes ces miracles visibles

Excédant le penser bumain ,

Ne sont point ouvrages possibles

A moins qu'une immortelle main.

Et la raison ne se peut dire , 175

De nous voir en notre navire

A si bon port aclieminés ,

Ou sans fard et sans flatterie,

C'est Pallas que cette Marie ,

Par qui nous sommes gouvernés. i 80

Quoi qu'elle soit , Nymphe ou Déesse ,

De sang immortel ou mortel ,

Il faut que le monde confesse

Qu'il ne vit jamais rien de tel;

Et quiconque fera l'histoire i 8 5

De ce grand chef-d'œuvre de gloire,

L'incrédule postérité

Rejettera son témoignage ,

S'il ne la dépeint belle, et sage

Au deçà de la vérité. lyo

Grand Henri, grand foudre de guerre,

Que cependant que parmi nous

Ta valeur étonnoit la terre ,

Les Destins firent son époux;

Roi dont la mémoire est sans blâme , 195

ififi, 167. Allusion à lu premièrvi croisade de saint Louis.

POESIES, LXIV. 'xi-]

Que dis-tu de cette belle âme ,

Quand tu la vois si dignement

Adoucir toutes nos absinthes ,

Et se tirer des labyrinthes

Où la met ton éloignement? 200

Que dis-tu lors que tu remarques

Après ses pas ton héritier ,

De la sagesse des monarques

Monter le pénible sentier?

Et pour étendre sa couronne , 205

Croître comme un faon de lionne?

Que s'il peut un jour égaler

Sa force avecque sa furie ,

Les Nomades n'ont bergerie

Qu'il ne suffise à désoler. 2 i o

Qui doute que si de ses armes

llion avoit eu l'appui,

Le jeune Atride avecque larmes

Ne s'en fût retourné chez lui ;

Et qu'aux beaux champs de la Phrygie , 2 i 5

De tant de batailles rougie ,

Ne fussent encore honorés

Ces ouvrages des mains célestes ,

Que jusques à leurs derniers restes

La flamme grecque a dévorés ? 220

318. Les muis de Troie avaient été bâtis {)ar Apollon et Neptiinc.

2i8 POÉSIES, LXV.

Page 1