‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 186 sur 295 · PROPHETIE DU DIEU DE SEINE · texte numérisé non relu

PROPHETIE DU DIEU DE SEINE

Une copie de ces vers, imprimés pour la première fois dans l'édition de i()3o, est conservée à la Bibliothèque impériale (Papiers de Baluze, n° i33). Elle est intitulée : La Seine au maréchal d'Ancre, le jour (ju il fut tué (24 a'VTil 1(117). Malherbe, qui, dans la première Strophe, reproduit en partie la pièce lxvi, s'est arrangé cette fois pour prophétiser à coup sûr et sans danger. L'épitaphe du duc de LujTies (voyez plus loin , n° lxxxiv) prouvera encore mieux sa prudente habitude de n'attaquer qu'après leur mort les puissants qu'il avait flattés durant leur vie.

Va-t'en à la malheure , excrément de la terre , Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre ,

Et dont l'orgueil ne connoît point de lois ; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare , Tes jours sont à leur fin, ta chute se prépare,

Regarde-moi pour la dernière fois.

C'est assez que cinq ans ton audace effrontée, Sur des ailes de cire aux étoiles montée,

Princes et rois ait osé défier :

La Fortune t'appelle au rang de ses victimes. Et le ciel, accusé de supporter tes crimes.

Est résolu de se justifier.

5>',o POÉSIES, LXXVII.

Ces stances furent composées pour Charles Chabot , comte de Charny, amoureux de Mlle de Castille, petite-fille par sa mère du président Jeannin. Il l'épousa en ifiao et mourut, l'année suivante, au siège de Montpellier. Sa veuve se remaria, en ifiaS, avec le comte de Chalais, qui fut décapité à Nantes en 1626. (Voyez Tallemant des Réaux, édition P. Paris, tome III, p. 190 et suiv.)

Les vers de Malherbe parurent en 1(120, dans le tome I des Délices de la poésie frnnroisp ; ils fiu-ent probablement composés en 1(119.

Enfin ma patience, et les soins que j'ai pris

Ont selon mes souhaits adouci les esprits

Dont rinjuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre;

Cessons de soupirer; Grâces à mon destin, je n'ai plus rien à craindre,

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil, dont je suis enflammé, Le plus aimable o])jet qui jamais fut aimé. On ne m'ait pu nier qu'il ne fut adorable ;

Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable.

Les Dieux m'ont exaucé.

Na^ère que j'oyois la tempête souffler.

Que je vovois la vague en montagne s'enfler. Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille ;

A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille

POÉSIES, LXXVIL 241

D'en être garanti?

Contre mon jugement les orages cessés

Ont des calmes si doux en leur place laissés , 1 o

Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire de l'onde;

Et je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes c'est lâchement qu'un tas de médisans, 2 5

Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans , De frivoles soupçons nos courages étonnent;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent,

Ne savent ce qu'il est. 3 o

S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement. Et qu'aux appâts du change une âme ne s'envole,

On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console 3 5

Ceux qu'il a fait pleurer.

Malherbe. 1 i()

SUR UNE niAGE DE SAINTE CATHERINE.

ÉPiGRA:\i:\rF,.

Publiée en ifiao dans les tomes I et II des Délices de la poésie française . Il s'agit de sainte Catherine d'Alexandrie, martjrisée vers l'an 307.

L'art aussi bien qiie la nature

Eût fait plaindre cette peinture;

Mais il a voulu figurer

Qu'aux tourments dont la cause est belle ,

La gloire d'une âme fidèle ?i

Est de souffrir sans murmurer.

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