POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS
Malherhe écrivit ces stances pour Louis de Bourbon, comte de Soissons (tué en i64ï ^u combat de la Marfée), qui recbercbait en mariage Henriette de France, devenue, en i6'i5, reine d'Angleterre. — Elles furent imprimées pour la première fois, non pas en 1627 [Recueil des plus beaux vers)^ comme le dit Saint-Marc, mais en 1624 dans le VI^ livre (p. 69) des ^irs de cour, publié par P. Ballard. La musique est sans nom d'auteur; c'est peut-être celle de Boesset, que Ménage appelle un clief-d'œuvre. En ce cas, il aurait eu tort de dire qu'elle ne fut composée qu'après la mort de Mallierbe, et que celui-ci a a eu cette mortification de ne point voir de beaux airs sur ses belles chansons. »
Une copie autographe de cette pièce, qui avait figuré à Pans dans une vente (8 avril i844)> se trouve actuellement au Dntish Muséum et nous a fourni deux variantes, dont l'une est aussi dans les ^irs de cour.
Ne délibérons plus, allons droit à la mort; La tristesse m'appelle à ce dernier effort,
Et l'honneur m'y convie;
Je n'ai que trop gémi ; Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie,
Je suis mon ennemi.
O beaux yeux, l)eaux objets de gloire et de grandeur, Vives sources de flamme, où j'ai pris une ardeur
Qui toute autre surmonte ,
Puis-je souffrir assez , Pour expier le crime, et réparer la honte
De vous avoir laissés?
Quelqu'un dira pour moi que je fais mou devoir; Et que les volontés d'un absolu pouvoir
Sont de justes contraintes; i 5
Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes
Qu'à celle de sa foi?
Quand le ciel ofFriroit à mes jeunes désirs
Les plus rares trésors , et les plus grands plaisirs 2 «
Dont sa richesse abonde ;
Que saurois-je espérer A quoi votre présence, ô merveille du monde ,
Ne soit à préférer?
On parle de l'enfer, et des maux éternels, 2 5
Baillés pour châtiment à ces grands criminels
Dont les fables sont pleines;
Mais ce qu'ils souffrent tous,