Fonds français, no 3oo (^oUm C>g8g\ in-ful. sur vélin
PIÈCES ATTRIBUEES A MALHERBE. cxvii
Que fils pour mère a peu mettre en effect ; Par conséquent la loy de vice infect A mon concept formellement défère.
Ou Dieu a peu
Si M. Mancel avait recouru à ce manuscrit, il n'aurait pas hésité un instant à reconnaître à quel point était peu fondée cette attribution d'un pareil rondeau. En effet, par son écriture gothique et ses miniatures, le manuscrit est certainement antérieur à i54o*; or, Malherbe est né en i555. D'ailleurs, à défaut d'autre preuve, le style de la pièce suffirait seul à démontrer que jamais il n'a pu être l'auteur d'un pareil galimatias.
Le Malherbe qui a laissé cet échantillon de son talent poétique appartenait-il de près ou de loin à la famille de François? Je n'en sais absolument rien, et la chose, à vrai dire, est fort indifférente.
En i834 M. l'abbé de la Rue réimprima-, dans le tome III de ses Essais Iiistariqucs sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands , un opuscule publié en iSgo, sans nom d'auteur, sous le titre de : le Bouquet des fleurs de Sénèque, Caen, chez Jacques le Bas, in-4. C'est un recueil de huit odes, traitant de sujets philosophiques, et ayant chacune une épigraphe tirée de l'écrivain latin. Le livre est imprimé à Caen, patrie de Malherbe; il est inspiré de Sénèque, dont Malherbe a traduit les Bienfaits et les Épures^ : voilà , à ce qu'il me semble, les seides raisons qui ont pu porter M. de la Rue
1. Dans son Catalogue des manuscrits (tome III, p. afij), M. Paulin Paris n'hésite pas à assigner au manuscrit la date de i536 ou 1337. Il nous semble que les vers mêmes sont bien antérieurs à cette date.
2. Il en fut fait la même année un tirage à part intitulé ; le Bouquet des Jleitrs de Sénèque, poésies inédites de Maliierke, Caen, Mancel, i834, 3a p. gr. in-8.
3. Il n'était pas besoin d'être traducteur de Sénèque pour composer un j)areil [ionqiH't ; longtemps avant 1 090, on avait publié : Flores Senecee e,\eerj)li ab Erasmo, emeiulati ab Ant. Coino, Anvers, i539, in-8; Flores iitriusqiie Si necie morales, Paris, Corbinus, i574> iu-12; Flores Senecœ de morihus, sans date, in-8, etc.
cxvnr PIEGES ATTRIBUEES A MALHERBE.
à lattribuer à Malherbe. Je dis : à ce qu'il me semble; car il n'en a donné aucune et s'est contenté d'émettre ses assertions avec une assurance aussi grande que si le nom de 3Ialherbe eût figuré sur le titre et que le poëte eût raconté dans une préface l'histoire de ces poésies ^ Or, comme je viens de le dire, le volume de iSgo est anonyme; on n'y trouve ni dédicace, ni préface, ni avertissement, ni privilège quelconque, c'est-àdire pas une seule de ces pièces qui peuvent fournir des renseignements; et, de plus, l'examen des vers, loin d'être favorable à la thèse de M. l'abbé de la Rue, fait au contraire arriver à des conclusions diamétralement opposées.
D'abord, si Malheibe eût été réellement 1 auteur de ces poésies, qui ne manquent pas d'un certain mérite, il serait malaisé d'expliquer qu'aucun souvenir ne s'en fût conservé dans les écrits de ses compatriotes et de ses contemporains, et qu'on n'en retrouvât pas la moindre trace soit dans sa correspondance, soit dans sa Vie par Racan. Pourquoi d'ailleurs n'aurait-il pas signé ce livre? il n'en était |)oint à ses débuts, puisque trois ans auparavant, en iSS;, il avait publié à Paris les Larmes de saint Pierre.
A ces difficultés viennent s'enjoindre d'autres tirées des vers eux-mêmes. Quelques-uns n'ont jamais pu être écrits j)ar Malherbe, comme :
S'un fils ingrat aux bienfaits de sou j)èrf . Qui n'a vu n Athènes ni Rome ;
1. n licin de la cour et de la capitale, dit M. Fabbé de la Rue, c'est dans la solitude qu'il (Malherbe) médite et se pénètre de la morale de Sénèque, en traduisant presque toutes ses épitres ; et sa philosophie le charme tellement, qu'elle inspire bientôt sa muse; aussi le sujet de ses premières cdes est-il toujours pris dans une sentence du philosophe qui fait ses délices, et comme, par sa naissance et son mérite, il était en rapport avec les familles les plus distinguées de la Normandie, c'est aux personnes les plus marquiuUes de cette province qu'il adresse ses premières productions. Malherbe les réunit en 1390 elles fit imprimera (]aen , sous le titre de Bouquet des Jleurs de Sénèque. Cet ouvrage passa absolument in;ipcrçu dans la capitale, alors dominée par la Ligue, et dans les provinces agitées par la guerre civile; aussi est-il de^enu excessivement rare et absolument inconnu aux premiers-comme aux derniers éditeurs des c uvres de ]Malherbe. ■> (Tome m, p. 353.)
PIÈCES ATTRIBUEES A 31ALHERBE. cxix
(»u bien encore ceux-ci, dont il se serait inocjué s'il les avait trouvés dans Desportes :
Un ruisselet argentelet,
Au bord mousselet, doucelet, etc.
Puis est-ce bien Malherbe qui a pu dire en iSyo :
Si mes parents sont morts, ils ont payé la dette Qu'on doit en ce séjour,
quand ^on père et sa mère vivaient encore? En o'itre, dans ces vers parsemés d'invectives contie les nthéistcs sans snuci el [ei, pourceaux trEjjicure^, règne un profond sentiment philosophique et religieux qui s'accorde peu avec ce que l'on sait de son genre de vie et de son caractère , et dont on ne rencontre aucun vestige dans ses écrits.
Il me semble que la discussion jieut se résumer ainsi : d'un côté , aucune espèce de motif plausible pour attribuer ces pièces à Malherbe; de l'autre, raisons suffisantes pour lui en refuser la paternité. On ne s'étonnera donc pas de ne point voii" figurer dans notre édition le Bouquet des fleurs de Sénèquc-,
Dans le tome III (p. 3") '4) du même ouvrage, ^I, labbé de la Rue mentionne, comme se trouvant dans un manuscrit du docteur J. de Cahaignes, dont nous avons déjà parlé (p. x), la traduction en vers par Malherbe, alors âgé de vingt ans, d'ime épitaphe composée en latin par ledit de Cahaignes. On ne sait a Caen, du moins c'est la réponse qui m'a été faite, où l'on peut trouver cette pièce. Dans le même article où il a donné le sonnet à Pei'rache (voyez plus haut, p. cxn), M. Éd. Fournier a encore réimprimé une chanson qu'il a tirée du Dou.r entretien des bonnes compagnies, i634, in-i 2. Ce livre est un recueil