Créquy n'est pas mentionné par l'Estoile
7. Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, comte de Chamy, lieutenant général au gouvernement de Bourgogne, mort le 39 mars i63o.
8. Charles du Plessis, seigneur deLiancourt, comte de Beaumontsur-Oise, baron de Montlouet et de Gallardon, premier écuyer de la petite écurie du Roi, nommé (1604) gouverneur de Metz, puis gouverneur de Paris.
se jeta sur le Roi et lui donna, coup sur coup, deux coups ■ de couteau dans le côté gauche : l'un, prenant entre Faisselle et le tetin, va en montant sans faire autre chose que glisser; l'autre prend contre la cinq et sixième côte, et, en descendant en bas, coupe une gi'osse artère, de celles qu'ils appellent veineuses. Le Roi, par malheur et comme pour tenter davantage ce monstre, avoit la main gauche sur l'épaule de M. de Montbazon, et de l'autre s'appuyoit sur M. d'Espemon, auquel il parloit. Il jeta quelque petit cri, et fit quelques mouvements. M. de Montbazon lui ayant demandé : « Qu'est-ce, Sire? » il lui répondit : «< Ce n'est rien, ce n'est rien, » par deux fois ; mais la dernière il le dit si bas qu'on ne le put entendre. Voilà les seules paroles qu'il dit depuis qu'il fut blessé. Tout aussitôt la carrosse tourna vers le Louvre. Comme il fut au pied de la montée où il étoit monté en carrosse, qui est celle de la chambre de la Reine, on lui donna du \\n. Pensez que quelqu'un étoit déjà couru devant porter cette nouvelle. Le sieur de Cerisy, lieutenant de la compagnie de M. de Praslin, lui ayant soulevé la tête, il fit quelque mouvement des yeux, puis les referma aussitôt sans les plus ouvrir. Il fut porté en haut par M. de Montbazon ', le comte de Curson** en Quercy, et mis sur le lit de son cabinet, et sur les deux heures porté sur le lit de sa chambre, où il fut tout le lendemain et le dimanche, où chacun alloit lui donner de l'eau bénite. Je ne vous dis rien des pleurs de la Reine, cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, je crois qu'il ne pleura jamais tant qu'à cette occasion. Tout le monde monta à cheval, les uns allant aux portes, les
9. Hercule de Rohan, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France, mort le 16 octobre i654, à quatre-vingt-six ans.
10. Frédéric de Foix, comte de Curson et de Fleix, grand sénéchal de Guienne (1616), mort en 1622.
• autres aux places, les autres aux ponts, avec une affection extrême de témoigner sa fidélité. L'on envoya quand et quand" deux compagnies des gardes à M. de Sully, pour conserver T Arsenac et la Bastille s'il en étoit besoin ; mais tout cela fut inutile, car jamais il n'y eut autre trouble que celui de la douleur générale qu'apporta ce pitoyable inconvénient. On donna des gardes aux ambassadeurs, et mêmement à celui d'Espagne, que le peuple vouloit tuer à l'heure même, et l'eût fait sans M. de Gorbozon*^, qui l'en empêcha ; les gardes lui furent levées devant-hier. Le lendemain, le Roi et la Reine allèrent au parlement, accompagnés de tout ce qu'il y avoit de princes et de grands en cette cour, hormis de M. de Vendôme ; Madame sa fenune y f\it, qui contesta le rang avec Mme de Longueville, qui lui demeura. Il s'y passa quelques autres particularités ; mais ce ne seroit jamais fait : il suffit de dire que d'un consentement universel, le Roi fut couronné, et la Reine déclarée régente. Le jour même, il en fut fait de même à Rouen et à Orléans, et partout généralement il ne se parle que de concorde et d'obéissance. Ce coquin est d'Angoulême, nommé François de Ravaillac, grand et puissant homme, âgé d'environ trente-cinq ans, la barbe rouge et les cheveux noirs; il est extrêmement résolu et jusques ici n'avoit rien dit, sinon que ce matin. On ne dit point ce qu'il a dit * ' . On parle si diversement de lui que