‹ Œuvres complètes;Chapitre 137 sur 436 · A Paris, ce samedi 17* de juillet · texte numérisé non relu

A Paris, ce samedi 17* de juillet

Monsieur, ce n'eût pas été peu de surcroît à la joie que j'ai eue de la venue de M. de Valavez, s'il m'eût apporté de meilleures nouvelles de la santé de Monsieur le premier président. Il me dit bien que ce n'est qu'une fièvre tierce, et vous m'écrivez qu'il avoit déjà été vingtquatre heures sans fièvre ; mais pource que je me doute que vous et lui ne me veuilliez diminuer cette douleur, je me range aisément à croire ce que je crains et me défier de ce que je désire. Dieu veuille que bientôt nous soyons hors de cette peine ! J'ai quasi envie de me dispenser de ne vous point* écrire ce qui se passe par deçà, sachant bien que M. de Valavez est assez diligent pour vous donner toute la satisfaction que vous pouvez désirer de ce côté-là; toutefois, pource qu'il est si fraîchement arrivé qu'il ne peut pas encore s'être informé bien particulièrement de toutes choses, je le relèverai pour ce coup d'une partie de cette peine. Les funérailles du Roi sont déjà trop vieilles pour tenir rang parmi les nouvelles , et puis il y auroit de la matière pour un volume , et faudroit sortir des bornes ordinaires d'une lettre. Je ne

6. Nous tirons les deux derniers paragraphes du manuscrit Fortia. Lettre y6. — i. Ne.... point a été ajouté après coup par Malherbe, au-dessus de la ligne.

vous dirai sur ce sujet autre chose , sinon cpi'il y eut de " la brouillerie pour les rangs, et surtout pour la place de Monsieur de Paris', qui débattit que la plus prochaine de l'effigie lui appartenoit, et l'emporta, quoique Messieurs du parlement la disputassent fort et ferme, de sorte qu'entre lui et l'effigie il n'y eut que deux huissiers de la chambre du Roi , qui portoient des masses d'argent. Messieurs du parlement les en voulurent faire sortir; mais la Reine y envoya M. le comte de Soissons, qui pacifia toutes choses, après toutefois des paroles de colère que les uns et les autres seroienl marris d'avouer hors du transport où la contention les avoit portés. Quoi qu'il en soit, il ne se passe rien au préjudice du service de Leurs Majestés et du repos public. Monsieur le Prince, si longtemps attendu, arriva hier sur les six heures de soir. Sa venue avoit donné à chacun des espérances et des craintes; mais je crois que les unes et les autres seront trompées, et que ce prince, se ressouvenant de ce qu'il est, n'aura point de plus forte passion que les bonnes grâces du Roi et de la Reine. Il partit de cette ville treize cent cinquante chevaux pour aller audevant de lui, car ils furent comptés par un à qui M. d'Espernon avoit donné cette charge. 11 partit de Bruxelles avec cinquante ou soixante , mais par les chemins cette troupe s'accrut de la noblesse des lieux où il passa, si bien que jeudi au soir, lorsqu'il arriva' à Louvres enParisis, il pouvoit avoir environ deux cents chevaux. Hier au matin il s'en alla à Saint-Denis, où il fit dire messe pour l'âme du feu Roi. Gela fait, il s'en revint dîner au Bour-

a. Henri, cardinal de Gondy, évêque de Paris de iSgS à 1622.

3. Malherbe, après avoir d'abord écrit simplement : 0 qu'il arriva, » a ensuite ajouté lors, au-dessus de la ligne. — Deux lignes plus bas, la première rédaction était : « il s'en alla ouïr messe à Saint-Denis, qui fut dite pour, etc. >

get, où le furent trouver ceux de cette cour à qui la Reine le permit. Monsieur le Grand avoit une troupe de cent ou six vingts chevaux, et étoit à son logis prêt à partir, lorsque M. d'Espernon, avec une semblable troupe , le vint trouver et le prier qu'ils allassent ensemble, ce qui fut fait. M. d'Espernon, devant que de partir, avoit dit la harangue qu'il lui vouloit faire , qui est que il étoit son très-humble serviteur pour le rang qu'il tenoit en France; mais qu'il lui protestoit que s'il se laissoit porter à quelque chose préjudiciable au service du Roi ou de la Reine, il ne fît nul état de lui. Je ne sais pas s'il aura parlé avec cette liberté, mais je sais bien que Monsieur le Prince lui ayant demandé s'il étoit vrai que pour sa venue il eût renforcé les gardes, il lui répondit que ceux qui le lui avoient dit étoient des flatteurs et des menteurs , et que hors de son respect il leur maintiendroit qu'ils avoient menti, et que il le croyoit trop serviteur de Leurs Majestés pour avoir pris aucun ombrage de lui. Toutes ces troupes qui étoient allées au-devant de lui s'en revinrent, qui une heure, qui deux devant qu'il arrivât, pour se trouver auprès du Roi et de la Reine lorsqu'il arriveroit; de sorte que sa troupe n' étoit point de deux cents chevaux, et trouva auprès de Leurs Majestés tout ce qu'il avoit vu auprès de lui une heure ou deux auparavant. Jeudi au soir la Reine fit faire nouveau serment à Messieurs les maréchaux, et envoya quérir les capitaines des gardes, à qui elle défendit de obéir ni reconnoître autre que le Roi, elle, et leur coronel; ce qu'ils lui promirent. M. le comte de Soissons, deux ou trois heures devant que Monsieur le Prince arrivât, s'en vint au Louvre avec deux cents chevaux et plus. Hier même il avoit été commandé aux habitants d'être en armes, et à ceux qui n'en avoient point d'en acheter. Aujourd'hui, grâces à Dieu, l'on reconnoît que ces om-

brages étoient sans fondement, et n'a-t-on autre espérance que de repos par les actions et langages de Monsieur le Prince. Il salua le Roi et la Reine dans la chambre de la Reine , où elle l'attendoit au coin de la cheminée qui est aux pieds du lit du Roi. Il ne se fit devant le monde, qui étoit infini dans cette chambre, autre chose qu'une simple salutation, en laquelle Monsieur le Prince mit le genou fort bas; il y en a qui disent qu'il le mit à terre; la Reine dit elle-même qu'elle n'3n sait rien. Cela fait, elle entra dans le cabinet, où il la suivit, et parlèrent ensemble autant que vous serez à lire cette page. Monsieur le Comte, M. de Vendôme et quelques autres étoient dans le même cabinet, qui ne s'approchèrent point : bien y eut-il un cardinal* qui ne fut pas si retenu, et voulut avoir part à leurs discours. Monsieur le Comte, s'en moquant, dit à M. de Vendôme : « Allez dire à ce prince de votre sang qu'il s'ôte de là. » Après fort peu de paroles, la Reine lui dit qu'il s'allât débotter, et lui commanda qu'elle le vît après souper. Il s'en alla donc à son logis, à l'hôtel de Lyon, près la porte de Bussy, et y fut accompagné par M. de Guise et Monsieur le chevalier son frère ; ils pouvoient avoir chacun soixante ou quatrevingts chevaux. Us y furent si peu que je crois qu'ils ne firent que le mettre dans sa chambre. Monsieur le Prince fut après souper voir la Reine, avec soixante ou quatrevingts chevaux. Aujourd'hui, de matin, il s'est promené en carrosse, ayant M. le prince de Joinville auprès de lui, et près de quatre-vingts chevaux à l'entour de la carrosse; et après dîner, à cheval, avec même suite.

4. Le cardinal de Sourdis (voyez lettre 7^, p. 177, note 4) était fils de François d'Escoubleau, marquis d'AUuye, et d'Isabelle Babou, fille de Jean Babou, sieur de la Bourdaisière, et tante de Gabrielle d'Estrées, mère du duc et du chevalier de Vendôme.

M. de Guise et ceux de sa maison sont parfaitement bien avec lui; M. du Bouillon et M. de Sully sont encore de ce parti : pour moi, je crois que tout le monde sera sage, et que l'on en sera quitte pour Taugmentation des pensions. L'on m'a dit qu'il demande quatre cent mille livres, et l'état de connétable après la mort de Monsieur le connétable. Je crois que de cela il pourra avoir cent mille écus de pension. M. d'Espernon est un peu piqué de ce que M. d'Arquien a toujours été auprès de lui, et qu'il a dit tout haut que l'on lui avoit fait injustice, et que la chose est de mauvais exemple. M. de Sully le fut trouver avec environ cent chevaux, entre lesquels furent M. de Créquy, le comte de Schomberg* et M. de la Guelle*, maistre de camp du régiment, à qui M. d'Espernon dit qu'il avoit oublié son coronel ce jour-là , mais que son coronel l'oublieroit toute sa vie. II fit grande réception à M. de Sully. Comme j'écrivois ceci, est arrivé céans' un gentilhomme qui Ta tout aujourd'hui accompagné, qui m'a dit qu'il a été voir Monsieur le premier président , M. de Thou et le président Molay ' ; s'il se gouverne par ce conseil, il ne faut pas douter que tout n'aille le bien. Ce matin la Reine lui a fait présent de la maison de Gondy, dont Monsieur le chancelier lui a porté parole, et lui doit donner pour trente mille écus de meubles ; il a eu dès ce matin pour sept ou huit mille écus de vaisselle d'argent ; sa table est de quarante serviettes. Ce gentilhomme m'a

5. Henri de Schomberg, maréclial de France, surintendant des finances, mort en ifiSa , à cinquante-neuf ans.

6. Alexandre de la Guesle, marquis d'O, mestre de camp du régiment de Champagne, frère de ce Jacques de la Guesle, procureur général au parlement de Paris, qui introduisit Jacques Clément près de Henri JII,

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