De Paris, ce samedi aS' de septembre
Monsieur, je vous écrivis par M. Bezut, il n*y a que trois jours; depuis le sieur Gonchin a été fait marquis d'Ancre, lieutenant général de Péronne, Montdidier et Roye, et premier gentilhomme de la chambre*, par la résignation que lui en a faite M. le maréchal du Bouillon. Hier il bouffonnoit avec M. de Guise de son marquisat d'Ancre, et disoit que cela s'étoit rencontré fort à propos, à cause qu'en Italie il est descendu des comtes de la Plume*. M. de Guise lui répondit que avec une comté de Plume et un marquisat d'Ancre, il ne lui falloit plus qu'une duché de papier pour assortir tout l'équipage. On pensoit partir lundi pour aller au sacre; mais les officiers de chez le Roi ont fait remontrer par M. le comte de Soissons que ce seroit trop d'incommodité, tant pour ceux qui étoient en quartier que pour ceux qui y entrent le premier jour du mois qui vient, que le quartier expirât pour les uns et commençât pour les autres' , par les
Lbttbe 81. — I. Les mots premier et de la chambre ont été ajoutés après coup, en interligne.
a. « En italien : délia Penna. — Penna, qui se traduit par plume, était aussi le nom d'un comté dont on voulait que ses ancêtres eussent été seigneurs. » [Note de M. Bazin.)
3. Les mots^our les uns et pour les autres ont été ajoutés après coup.
chemins, comme il eût fait si Ton fût parti lundi prochain, ainsi qu'il avoit été résolu : de sorte que Ton ne partira que d'aujourd'hui en huit jours, et de cette façon Leurs Majestés ne seront absentes qu'environ trois semaines. Si Monsieur le Prince y est, on y fera des chevaliers, pource qu'il a envie de l'être; et seront cinq : lui, MM. de Guise, de Joinville, d'Aiguillon et de Nevers; s'il ne vient* , il ne s'en fera point* . L'on tient que l'ambassadeur d'Espagne, le duc de Feria, viendra voir cette cérémonie. Le mariage de M. de Guise sembloit n'avoir plus de difficulté ; mais on lui en fait encore naître, et dit-on que tout n'a pas été brûlé; pour moi, je crois qu'il viendra à bout de ceci comme du reste. Il m'a dit qu'il étoit résolu de se retirer en Provence ; je le lui ai conseillé, et d'être bien avec tout le monde, et particulièrement avec la cour de parlement, à quoi je le trouve fort disposé'. Adieu, Monsieur; je vous baise bien humblement les mains et à Monsieur le premier président, et suis son serviteur et le vôtre très-affectionné.