De Fontainebleau, ce i5* d*octobre
Monsieur, depuis ma lettre écrite, M. de Tyron * est mort et enterré; je suis marri de vous avoir mal informé. Rhinbergue, comme vous avez su, est rendue. Il en est sorti huit cents blessés et trois mille deux cents hommes sains et gaillards. Les Espagnols, à qui l'on avoit promis double paye après que Rhinbergue seroit prise, se sont mutinés pource que l'on ne la leur a pas baillée. Cela a empêché que le siège de Meurs ne s'est pas encore fait. Hier le Roi, dans sa galerie, bailla le bonnet à Monsieur le Nonce*. Demain nous allons à Nemours, puis à Montargis, puis à Briare, puis à Sully, et enfin en tant de lieux que je ne sais où j'en suis. La peste de Paris seroit bien plus supportable que toutes ces incommodités. Ceux qui en viennent disent qu'il ne se voit pas un carrosse emmi les rues; vous pouvez bien penser que le contenu n'y est non plus que le contenant. Souvenez-vous de ce que je vous écrivis dernièrement', et, pour l'honneur de Dieu, pardonnez à mon impudence; elle est étrange, mais une courtoisie comme la vôtre est bien capable d'excuser de plus grands crimes. Aimez-moi toujours, Monsieur. Vous verrez bientôt près de quatre cents vers que j'ai faits sur
Lettre 6. — i. Voyez la lettre précédente, p. 9 et note 7.
2. Maffeo Barberini, depuis pape sous le nom d'Urbain VIII, envoyé en France pour représenter au baptême du Dauphin le Pape, parrain du jeune prince. Il venait d'être nommé cardinal.