‹ Œuvres complètes;Chapitre 190 sur 436 · A Paris, ce 4* août · texte numérisé non relu

A Paris, ce 4* août

Monsieur, hier je revins de Saint-Germain voir jouer la comédie. M. de Valavez, à mon avis, vous en aura écrit plus particulièrement ; de moi , je ne vous en dirai autre chose , sinon que tous les personnages y firent des miracles. Madame, qui étoit habillée en amazone comme représentant Bradamante, étonna tout le monde par sa bonne grâce; Monsieur et Monsieur le Duc y firent plus que l'on ne pouvoit espérer de leur âge. Monsieur, pour prologue., récita les six vers que vous trouverez en ce paquet : il avoit une pique en la main , qu'il mania en fils de maître. Ils avoient tous deux des hauts-de-chausses , dont ils étoient, à mon avis, merveilleusement empêchés; aussi les quittèrent-ils aussitôt et reprirent leurs robes. Madame Chrétienne ne parut sm' le théâtre qu'en la fin du dernier acte, où elle dit un mot, seulement pour en être comme les autres : voilà tout ce que vous en saurez de moi. A mon retour, je m'en allai au Palais, où je trouvai cette lettre de Barclay *, qui me fut présentée

i3. Robert Gamier, mort en iSgo. La tragédie de Bradamante avait paru en i58o. — Au lieu des mots : « qui est la Bradamante de Gamier, » Malherbe avait simplement écrit d'abord : « qui est prise de Gamier. >

Lettre 98. — i. On lit sur la cote mise au dos par Peiresc : Lettre de Barclay sur l'Arahelle.

■ comme nouvelle ; elle l'est à la vérité pour mon regard ', je ne sais si elle le sera pour le vôtre : quoi qu'il en soit, elle me semble fort bonne. Adieu, Monsieur ; aimez votre serviteur très-afifectionné,

Malherbe.

Je m'en retourne demain à Saint-Germain prendre congé , ce que je ne pus faire dernièrement. Si nous apprenons quelque chose , vous le saurez. Je vous baise bien humblement les mains.

Charlemagne, Léon, Roger et Bradamante

Sont de gaze et carton à la comédiante ;

Je suis le vrai crayon des illustres Césars.

Des lis j'arborerai les braves étendards;

Du Gange jusqu'au Rhin, et sur les bords d'Afrique,

Pour mon petit papa' donrai des coups de pique.

Vous verrez bien que ce ne sont pas vers d'un bon maître; mais puisqu'ils ont eu l'honneur d'être prononcés par la bouche d'un si grand prince, j'ai pensé que vous prendriez plaisir de les voir : je les ai retenus par cœur, et crois que c'a été fidèlement; quoi que c'en soit, s'il y a du change , il ne sauroit être bien grand. J'oubliois à vous dire qu'ayant achevé de prononcer ces vers , il tenoit une pique qu'il branla vers la compagnie de si bonne grâce, que cette action, et un petit saut qu'il fit en achevant, lui attira un monde de bénédictions.

Dans peu de jours, M. le chevalier de Vendôme partira pour s'en aller à Malte; je crois que vous le verrez en Provence.

2 . Malherbe a substitué mon regard à moi, et, à la ligne suivante, le vôtre à vous.

3. « C'est le Roi qu'il appelle son petit papa, o [Note de Malherbe.)

99, — A Paris, ce 14* d'août.

Monsieur , il y a six semaines que je n'ai eu de vos lettres , ce sont beaucoup d'arrérages ; mais pour cela je ne laisserai pas de hasarder encore celle-ci. Je m'en vais faire un petit voyage en Normandie ; si durant ce tempslà je ne vous écris si souvent , et peut-être point du tout, ne vous en étonnez pas , la difficulté des commodités en sera cause. Pour mon affection, vous en ferez toujours le même état; je la porterai où je vais, et la rapporterai telle que je la vous ai dédiée. Nos nouvelles sont petites. M. le marquis d'Ancre partit vendredi, accompagné d'environ cent ou six vingts chevaux ; la moitié revint d'une lieue d'ici; le reste est allé avec lui. Il sera à Amiens aujourd'hui, et y séjournera* trois ou quatre jours ; de là il s'en va à Ancre * voir son marquisat, puis s'en revient à Péronne , et de Péronne à Paris. Tout son voyage ne sera pas de quinze jours. Mesdames les Princesses ' doivent être aujourd'hui à Cadillac, où M. d'Espemon les festie* ; de là elles s'en reviennent ici, et d'ici s'en vont en Flandres voir Mme la princesse d'Orange. Vendredi dernier, M. le Fèvre* commença l'exercice de sa

Lettre 99. — i. Au lieu de : « et y séjournera, 0 Malherbe avait d'abord écrit ; a son séjour y sera de.... »

2. Ancre (ou Albert) est un chef-lieu de canton de la Somme, à cinq lieues et demie d'Amiens.

3. Les princesses de Condé avaient accompagné le prince de Gondé, que la Reine, craignant quelques troubles de la part des protestants, avait envoyé dans son gouvernement de Guienne. Voyez le Mercure, 161 1, p. 74. — Cadillac est xm chef-Ueu de canton de la Gironde, à environ six lieues de Bordeaux.

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