A PEIBESC
[Fontainebleau, i4* de juin*.]
Monsieur, c'est trop demeuré sans vous écrire : quand ce ne seroit que pour avoir de vos nouvelles et de celles de M. de Valavez, il faut que je hasarde cette lettre; je dis hasarder, pourceque je ne sais si celui à qui je la baillerai la vous rendra. Je désignerai votre logis le mieux que je pourrai, et puis du reste j'en laisserai disposer à la fortune : si elle se perd , ce sera un effet du malheur de son auteur ; si elle arrive à bon port, elle vous fei*a voir que je ne suis pas si paresseux comme j'en ai le bruit. Nous n'avons ici rien qui vaille vous être écrit. Monsieur le Piince revint devant hier. Monsieur le Comte n'a bougé d'ici'.
a. Malherbe avait d'abord écrit : « d'aimer votre serviteur, t Lettre 104. — i • Cette lettre et la suivante ne sont datées que
par la cote de Peiresc. — Peiresc venait d'arriver à Paris, d'où il
repartit au mois de novembre.
a. Malherbe avait mis d'abord : « n'en a bougé; r une et deux
lignes après, ce qui est a été ajouté après coup, en interiigne. Malherbe, m 17
Les aflfaires, qui durant ces fêtes ' avoient eu quelque relâche, reprennent leur train accoutumé; et ce qui est le meilleur de tout, Leurs Majestés se portent excellemment bien; elles furent hier aux toiles*, où il y eut un sanglier tué. C'est un plaisir où je ne prends point de part, pource que je ne crois pas qu'il vaille les incommodités qu'il me coùteroit; je me contente d'y avoir été une fois, pour en savoir parler. Nous sommes encore ici pour un mois ; la Reine fait compte de recevoir le duc de Pastrana * à Paris, dans la salle du bal, qui sera parée pour cet effet. Je ne sais plus que vous dire, si je ne vous parle de mon particulier. J'ai fait voir à la Reine les devises que j'ai faites pour elle; elle les a trouvées fort à son goût, ce que je crois pource qu'elle l'a dit, mais encore plus pource qu'elle m'a augmenté ma pension de cent écus*. Si je me fusse préparé à lui faire cette requête, je la trouvai si bien disposée, que je crois qu'elle eût passé plus avant : ce sera. Dieu aidant, pour l'année prochaine; cependant je tâcherai de mériter cette gratification par quelque nouvel ouvrage. Au demeurant il faut qu'encore cette fois comme toujours vous vous ressentiez de mon importunité. J'ai promis à Mme de Pisieux ' le ballet de la reine Louise, fait aux noces de M. de Joyeuse*, de quoi je ne
3. Les fêtes de la Pentecôte, qui en 1612 tombait au 10 juin.