A Paris, le i5« décembre
Monsieur, j'attends des nouvelles de votre voyage; les dernières que j'ai de Provence, c'est que M. de Valavez étoit arrivé il y avoit quatre jours, et que vous n'y étiez point encore*. Ce que nous avons ici depuis votre partement vous aura déjà été en la plus grande part écrit d'ailleurs : vous aurez su comme le gouvernement d'Auvergne a été baillé à M. le prince de Conty, lequel la Reine lui fait valoir dix mille écus, la réserve à M. le prince de Join ville, et cependant sa compagnie entretenue : on y ajoute la réserve de l'abbaye de Saint-Germain en faveur de Mme la princesse de Conty ' . Monsieur le Comte* fut baptisé dimanche dernier, habillé d'une robe blanche, et nommé Louis par le Roi, qui fut parrin, et la Reine marrine'; le lendemain il prit le hautde-chausses , et vint faire le serment de grand maître entre les mains du Roi, en présence de la Reine, dans le cabinet du conseil. Madame la Comtesse sa mère, le mardi, alla ouïr messe aux Feuillants, mécredi vint voir la Reine, et jeudi Mme la marquise d'Ancre. Hier au matin l'affaire des ducs* fut refusée tout à plat du parle-
Lettre 107. — I. La lettre n'est datée que par la cote de Peiresc.
2. Comme on l'apprend par une lettre de du Vair à de Thou en date du i5 décembre 161 3, Peiresc était tombé malade en route. (Collection Dupuy, manuscrit 802.)
3. Voyez, sur ces intrigues de cour, les Mémoires de Bassompierre^ année i6i3.
4. Louis de Bourbon, comte de Soissons, grand maître de France, né le II mai 1604, tué au combat de la Marfée en 1641. Son père était mort le i^r novembre précédent, comme nous l'avons dit plus haut (lettre 106, p. 261, note i).
5. Les mots : c et nommé Louis, etc., » ont été ajoutés après coup, au-dessus de la ligne.
6. « D s'agit de plusieurs duchés qui avaient été érigés en faveur du prince de Joinville, des maréchaux de Brissac, de Fervaques et
ment. A la fin, après avoir bien délibéré du rasemenl de - Quillebeuf, il a été résolu. L'on tient pour assuré que nous allons avoir des chevaliers du Saint-Esprit' : qui dit plus, qui dit moins; la plus saine opinion tient que ce seront MM. de Guise, M. le prince de Joinville, M. du Maine et M. de Nevers, MM. de Créquy, Bassompierre, d'Ancre, de Rambouillet, et Cœuvres. Le bruit du mariage de M. du Maine et de Mme d'Elbeuf se renforce*. L'on parle de guerre, mais c'est si foiblement que je tiens pour très-certain que nous n'aurons que paix; les remueurs' demandent quelques conditions que la Reine ne veut aucunement accorder, et dit qu'elle entretiendra, sans faillir, ce qui a été promis par le feu Roi, mais que d'en espérer davantage c'est s'abuser. M. de Rohan, pour son particulier, est content. Je crois que bientôt nous en orrons dire de même des autres; Dieu le veuille! Adieu, Monsieur : je suis votre serviteur très-obligé et très-affectionné.
Je n'écris point à M. le premier président du Vair : je vous supplie. Monsieur, de m'en excuser sur ce que je lui écrivis dernièrement, et que ce seroit trop souvent l'importuner pour des choses de néant comme sont nos nouvelles. Vous en direz autant à M. le premier président de la Ceppède, s'il vous plaît. J'oubliois à vous dire que hier le Roman des Chevaliers de la gloire fut présenté à la Reine * " : vous en aurez un par la première commode Lesdiguières, et que le parlement refusait de vérifier, par le motif surtout qu'il ne pouvait être créé de ducs et pairs en temps de minorité. » [Note de M. Bazin.) Pour Lesdiguières, voyez plus haut, lettre 67, p. 128, note 17.