‹ Œuvres complètes;Chapitre 25 sur 436 · A Paris, ce 22" de décembre · texte numérisé non relu

A Paris, ce 22" de décembre

Monsieur, je vous écris bien au long par M. de Vergons ; mais pour cela je ne laisserai pas aller ce porteur sans me donner ce nouveau contentement de m'entretenir avec vous. J'ai ce matin eu des nouveUes du Gascon*, par un mien ami, à qui j'en avois donné charge. Il m'a dit que l'ayant hier rencontré, il lui demanda où il se tenoit, et qu'il lui avoit répondu qu'il demeuroit avec un avocat du privé conseil, qui demeuroit près de la Croixdu-Tiroir^ Incontinent que j'ai eu dîné, je m'en suis allé

la. Scipion du Périer, avocat au parlement d'Aix, mort en 1666,

i3. 0 Les lettres de Peiresc à Joseph Scaliger nous expliquent ce passage : e II m'a fallu résoudre, dit-il, à prendre mes degrés de 0 docteur es droits, selon la coutume du pays, selon laquelle, en- « tr'autres formalités, il a été nécessaire de banqueter et festoyer « deux ou trois fois tous Messieurs de la cour de Parlement, tous « Messieurs de la cour des Comptes, Aides et Finances, la plus c grande part des dames de la ville et une bonne partie de la noc blesse de tout le pays, ce qui amène une suite de bals, visites et « autres compliments. » [Note de M. Bazin.) — Voyez les Épistres françoises.... à âlons. J. J. de la Scala, 1624, in-S», p. a45.

Lettre 9. — i. Voyez plus haut, lettre 7, p. i3, note 3.

a. Carrefour de la rue de l' Arbre-Sec, à l'endroit où elle aboutit à la rue Saint-Honoré. Voyez le Corneille de M. Marty-La veaux, tome U, p. 76, note i.

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trouver M. Ycart; et n'ayant trouvé que son frère, je lui ai dit que j'avois des nouvelles de Thomme, et qu'il falloit faire exécuter la prise de corps. Il m'a répondu qu'il demeuroit chez M. de Vergons, qui l'avoit prié de ne lui rien dire qu'il ne fut parti, pource qu'il faisoit compte de le laisser ici ; mais je lui ai remontré que s'il attendoit, il pourroit trouver quelque maître qui l'emmèneroit hors de cette ville, et que jamais on n'en orroit plus parler. Il m'a répondu que demain il le feroit. Je suis allé ce soir voir son frère, qui me l'a promis; et pource que j'ai craint qu'il portât quelque respect à celui avec lequel il est, je lui ai offert que s'il me bailloit la prise de corps, je la ferois exécuter sans aucune considération; cela l'a fait résoudre, et m'a assuré que sans faute demain il le feroit faire. J'espère qu'il s'en acquittera, et que vous en aurez la satisfaction que vous desirez. J'ai baillé votre diamant et le mémoire que vous m'aviez laissé à M. de Vergons; il me semble que je n'eusse su choisir une plus sûre commodité. Les camisoles ont été déployées depuis ma dernière, et ont été trouvées des plus belles : c'est votre coutume de faire reluire votre jugement et votre courtoisie en toutes choses. Je vous prie me mander ce qu'elles coûtent et à qui vous voulez que j'en baille l'argent. Vous aurez de mes vers par le sergent Louis, Dieu aidant.

Nous n'avons pas grandes nouvelles : on attend toujours les députés des États; M. de BuzenvaP a eu un successeur, à sa requête, et est de retour à ce que l'on m'a dit. M. de Brèves* est ici depuis trois ou quatre

3. Paul Choart de Buzenval, ambassadeur de France en Angleterre, puis en Hollande, mort a la Haye en 1607.

4. F. Savary de Brèves, habile diplomate, voyageur et orientaliste. Ambassadeur près de la Porte, il resta vingt-deux ans en Orient, et mourut en 1628, à soixante-huit ans.

LETTRES A PEIRESC. ai

jours; M. de Termes' doit aller en Flandres avec un régiment de cavalerie; il ne sait pas s'il sera de cinq cents ou de mille chevaux. La nouvelle brouillerie arrivée depuis huit ou dix jours pour jalousie d'amour est apaisée; Madame la marquise* s'en va à Verneuil. Le Roi et la Reine se portent très-bien, Dieu merci, comme fait Monseigneur le Dauphin. Je ne me souviens pour cette heure d'autre chose; j'oubliois à vous dire que la pompe' a déjà couru : elle commença dimanche dernier; mais elle ne continue pas toujours , jusques à ce que les canaux soient faits. M. du Monstier' ne me voit jamais qu'il ne me prie de vous le ramcntevoir. Adieu, Monsieur : je vous prie de croire que de tous ceux qui me font l'honneur de m'aimer, vous êtes celui dont je tiens les bonnes grâces plus chères, et que pour m'y conserver je me tiendrai très -heureux que vous m'honoriez de quelque commandement où je m'en puisse rendre digne. Je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu,

Monsieur, qu'il vous ait en sa très-sainte et très-digne garde.

Le Roi s'en alla hier à Saint-Germain, où il fait compte de passer ces fêtes. La Reine est encore ici, et tient-on

5. César- Auguste de Saint-Lar\-, baron de Termes, tué en i6ai au siège de Clérac. Il était frère de M. de Bellegarde.

6. Catherine-Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de Verneuil, maîtresse de Henri IV. Elle était fille de Marie Toucliet, maîtresse de Charles IX, et de François d'Entraigues.

7. La pompe de la Samaritaine, établie à la seconde arche du Pont-Neuf du côté du Louvre.

8. Daniel Dumonstier, célèbre portraitiste, né à Paris en i55o, mort en i63i. Dans le tome I (p. cxxv et suivantes), nous avons parlé du portrait qu'il fit de Malherbe.

sa LETTRES A PEIRESC.

qu'elle n en bougera. Ces deux lignes sont du 24% veille de Noël.

Votre plus humble et plus obligé serviteur,

Fr. de Malerbe.

La lieutenante civile, depuis trois ou quatre jours, est en prison®. J'étois au Palais quand elle y fut menée. Son crime est d'avoir voulu empoisonner son mari, pour épouser un Saint-Georges, de Limousin . Un cuisinier, qui a voit été surpris voulant empoisonner la femme de Saint- Georges, étant près d'aller au supplice, jeudi dernier, dit que la lieutenante l'avoitmis au service de Saint-Georges, et lui avoit baillé le poison, et que * ° Saint-Georges l'avoit envoyé à sa femme, avec charge d'exécuter. On trouva, à ce que Ton dit, tout plein de papiers chez la lieutenante, et même on dit que l'on y trouva la promesse de mariage avec Saint-Georges.

Je vous supplie , Monsieur , me faire cet honneur de montrer à M. du Périer que je suis toujours son trèsaffeclionné serviteur. Le sergent Louis lui portera de j,^« mes nouvelles, Dieu aidant.

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2^ 10. — A Paris, ce 2* de janvier.

JffoNsiEUR, je vous ai si amplement écrit par M. de Vergons, qu'il ne me reste que vous dire, pource que depuis il n'est rien survenu. Il ne vient point de députés de

9. Marie Brîsson, fille du président Barnabe Brisson, pendu par les Seize. Elle était femme de François Miron, qui fut successivement maître des requêtes, président au grand Conseil, chancelier du Dauphin, lieutenant civil et {1604) prévôt des marchands. Il mourut le 4 juin 1609.

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