De Paris, ce jeudi 4* de décembre
Monsieur , vous n'aurez ce mot que pour vous remercier de la faveur que vous me faites de m'accorderce dont je vous avois prié. Je fournirai par deçà ou à M. Cramoisy, ou à qui bon vous semblera, ce que vous aurez baillé à ma femme. Nos nouvelles principales sont les affaires des états, que vous saurez par M. de Valavez, qui y est assidu, et y fait des merveilles au gré de Leurs Majestés. Pour celles du Palais , M. Ribier en est bien mieux informé que nous ne sommes. Ainsi, s'il me reste quelque chose à vous dire, ce sont nos nigeries du Louvre. Mme de Longueville arriva dimanche au soir, et lundi après dîner elle vint au cabinet, où elle fut, à ce que l'on m'a dit, très-bien recueillie de la Reine. J'arrivai incontinent après la réception ; voilà pourquoi je n'en puis parler autrement. Mme la comtesse de Saint-Pol, Mlles de Longueville * , y vinrent avec elle ; Mme de Nevei*s y vint un peu après. La Reine, au bout d'une demie heure ou environ, s'en alla au conseil, et dit à ces princesses 'qu'elle reviendroit incontinent, ce qu'elle fit une heure après. J'ailendois que selon la coutume , lorsque la Reine seroit
pagne, à deux lieues de Mézières, sur la frontière du pays de Liège et du Luxembourg.
4. Voyez plus haut, p. 47a. — Cette sorte de post-scriptum se trouve au haut de la page qui porte l'adresse.
Lettre 177. — i. Catherine et Marguerite de Longueville.
a. Malherbe avait d'abord écrit : a et leur dit. > Gnq lignes plus loin, iCayant a été substitué à et navoit.
partie, ces princesses se salueroient, mais elles n'en firent rien. Mme la princesse de Conty se trouva presque seule ; n'ayant personne des siens , elle se tourna à sa main droite, et s'entretint avec Mme de Chanvallon ' du bon accueil qu'avoit fait l'Infante à Mlle d'Aumale. Mmes les duchesses d'Auvergne*, de Ventadour et de la Trimouille se mêloient à ce discours; mais je pris garde que Madame la Princesse et Mme de Longueville ne parloient jamais directement l'une à l'autre. La Reine revint là-dessus, et s'en alla droit à un autre coin du cabinet, où Mme la princesse de Conty alla quand et quand, et Mme deNevers un peu après. Quant à Mme de Longueville, avec Mesdamoiselles ses belles-sœurs et Mme la comtesse de Saint- Pol, elles s'en allèrent sans rien dire. Je fus voir le lendemain Mme de Longueville chez elle; elle fut toute l'après-dinée assiégée , à son logis*, de compagnies qui la visitèrent, et entre autres de Monsieur le Prince. Elle me dit bien qu'elle ne croit pas que Monsieur son fils prenne l'échange qu'on lui offre de la Normandie pour la Picardie, à cause de l'affection de ce peuple envers leur maison ; et moi je crois que si la Reine continue en cette volonté, l'affaire se fera ; il est aisé aux rois de persuader sans être grands orateurs. Je vis hier après dîner arriver Madame la Princesse la mère au cabinet; elle étoit accompagnée de Mme de la Trimouille et de Madame la Grand : la Reine lui fit très-bonne chère, mais la Reine sortit incontinent*, et s'en alla acheter des étoffes. J'avois
3. Catherine de la Marck, dame de Bréval, femme de Jacques die Harlay, seigneur de Chanvallon, mort le 3 avril i63o.
4. Charlotte de Montmorency, femme de Charles de Valois, comte d'Auvergne, duc d'Angouléme, morte le 12 août i636.
5. Au lieu des mots : « à son logis, » il y avait d'abord : a chez elle. »
6. Les mots : a la Reine sortit incontinent, t> sont écrits, en interligne, au-dessus d'autres mots effacés et qu'on ne peut plus lire.
LETTRES A PEIRESC. 47g
oublié à vous dire que, ce même lundi dernier, M. de Guise étant venu au cabinet, la Reine lui dit, en présence du Roi, qui y venoit d'arriver, qu'elle avoit eu ce jour-là des nouvelles d'Espagne ; que le prince d'Espagne étoit si gaillard que rien plus , et que la Reine sa belle-fille (voilà comme elle la ^omme) étoit la plus agréable et la plus gentille qu'il se pouvoit désirer, et que le Roi son père l'aimoit uniquement, et la faisoit assister, et le Prince aussi, aux affaires; et que lorsque l'affaire de la frontière de Navarre avoit été proposée, elle y étoit, où elle fit des merveilles pour la France ; de sorte que le Prince dit au Roi leur père : « Monsieur, voyez comme elle est déjà toute Françoise ; >• et certainement ils disent que cette belle pelite reine aime la France et ce qui la touche, avec une passion extrême ; aussi l'affaire fut terminée au contentement de celui qui l'étoit allé poursuivre. Notre petite reine, en une comédie qui s'est jouée en la cour d'Espagne, a récité un nombre infini de vers si bien qu'il ne se vit jamais rien de pareil : les Espagnols disent qu'elle est perdue tout à fait pour eux, et qu'aussi elle avoit récité comme reine de France , voulant dire que , comme infante d'Espagne, elle eût forfait contre la gravité, de réciter en une comédie. Sur ce propos, je vous dirai que Madame et Madame Chrétienne, accompagnées de' plusieurs autres filles jusques au nombre de seize, doivent danser un ballet à carême-prenant ; ce sera quelque chose de beau, mais je ne vous en puis dire le dessein, pource qu'il s'en est fait sept ou huit, et n'y a eu rien de résolu. Mme ia princesse de Gonty me commanda hier de l'aller trouver ce matin, pour en choisir un'; j'y suis
7. Au lieu des mots accompagnées de, Malherbe avait d'abord mis simplement et,