A Paris, ce 10® d'août
Monsieur, nous sommes en un temps où il est malaisé de vous rien écrire de certain : voilà pourquoi je me remets à ce porteur de vous dire ce qu'il en sait, et crois que quand vous l'aurez ouï, et lu tout ce que l'on vous mande*, vous n'aurez pas de quoi être mieux informé que vous êtes. Il a toujours été des saisons fertiles en toutes sortes de bruits; mais il n'en fut jamais où les changements fussent si fréquents comme ils sont en celle-ci. Au matin on tremble au bruit d'une nouvelle, au soir l'on s'en moque; et les mensonges, qui sont ordinairement logées à la basse cour, osent monter jusques au cabinet. Toute la fin que j'y vois, c'est le parlement de Leurs Majestés; car jusque-là chacun s'imaginera des grotesques. Ceux qui sont de la cour savent bien que la sécheresse qui a épuisé
cure, i6i5, tome IV, p. 148 et suivantes. — A la ligne précédente, les mots : ce il fît ce coup-là, i ont été ajoutés en interligne.
20. Charles de Lannoy, seigneur de Sanzeiles, qui commandait les troupes impériales à la bataille de Pavie. — Ce petit paragraphe manque dans le manuscrit. Le suivant, qui est sur une bande de papier à part, paraît se rattacher à ce qui est dit plus haut (p. 5o8).
Lettre 191. — i. Mande a été substitué à écrit.
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toutes les mares de Beauce, et la mort de deux soldats • qui moururent samedi en marchant, outre la perte de près de deux cents chevaux de la compagnie de Monseigneur, que le chaud a tués, sont les causes véritables du dernier retardement; mais je m'assure qu'aux provinces on le contera de toute autre façon, et que du sens littéral, qui est très-recevable, on passera à des allégories les plus sottes et les plus impertinentes qui furent jamais. Quand il y aura sujet de craindre, je ne suis ni ^ si vaillant ni si stupide que je ne craigne comme les autres ; mais jusques ici je n'en vois point d'occasion : huit ou dix jours nous mettront hors de toutes ces doutes; Dieu, s'il lui plaît, les fera résoudre selon le désir des gens de bien. Je fais compte de m'en aller passer l'hiver avec vous. Adieu, Monsieur : je suis votre serviteur très-affectionné à jamais ,
U y a quelques jours que M. Cramoisy me vint voir. Je lui baillai les cent soixante livres que vous avez baillées par delà pour moi. Je vous en remercie de tout mon cœur, et désire qu'il se présente quelque occasion de vous témoigner le ressentiment que j'ai de cette obligation et d'une infinité d'autres qui l'ont précédée.
Comme j'écrivois celle lettre, M. Syrmond m'est venu voir, pour me prier de l'assister demain à la présentation d'un livret qu'il a fait sur la lettre de Monsieur le Prince *. Il m'en a donné un, que je vous envoyé. Il a écrit un autre petit livret intitulé la Pitharchie'' ^ et encore un auUe,
a. Devant rat, il y a p<M, effacé.
3. Le manifeste de Condé est daté du 9 août. Voyez le Mercure, i6i5, tome V, p. 160 à 188.
4. La Pitcrclùe française, ou Response aux vaines plainctes des mal' contens, i6i5, Paris, Leveau, 48 pages in-8®.
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auquel je donne le prix de tout ce que nous avons vu sur ce sujet, qui s'appelle Ai>ertissement aux proçinces. Vous m'en direz votre opinion. Je le trouve fort gentil personnage. Il est neveu du P. Syrmond.
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19a. — A Paris, ce 10* d'août*.
Monsieur, depuis mon autre lettre écrite, je suis allé au Louvre, où j'ai trouvé que le voyage n'étoit pas si reculé comme l'on pensoit. La première chambre a commandement de partir demain, et tient-on que mécredi Leurs Majestés ne coucheront point à Paris. M. le maréchal de Bois-Dauphin demeure ici pour garder Monseigneur, et M. de Praslin avec lui. L'on fait compte de douze mille hommes de pied, et de quelque cavalerie dont je n'ai point ouï dire le nombre. J'ai fort grande opinion que la colère de Monsieur le Prince se sera toute évaporée en son manifeste. Voilà tout ce que j'avois à ajouter à ce que vous verrez en mon autre lettre. Je vous pense avoir écrit que Monsieur l'évêque d'Orléans^ avoit eu le brevet de premier aumônier de la Reine, et il étoit vrai; mais depuis la chose est changée, et M. de Loménie, qui avoit eu commandement [de] le lui porter, le lui est allé redemander. Le discours de cette affaire seroit trop long pour cette page; je pense l'avoir fait devant ce porteur, qui vous dira ce qui en est* : aussi vous dira-t-il la brouillerie de Mme la maréchale d'Ancre
Lettre 192. — i. Le premier paragraphe de cette lettre n'est plus dans le manuscrit. Nous l'avons trouvé dans une collection particulière, et l'on nous a permis de le collationner.
a. Gabriel de l'Aubépine, évêque d'Orléans de 1604 à i63o.