ACTE TROISIÈME
>Ie me remerciez, ni ne m'applaudissez; "Vous n'êtes rien pour moi, peuples qui me eluissez ! Et, loin d'en accepter la gloire involontaire, -J'accuse mon dépai't. s'il vous est salutaire.
(iLILr.AUME.
L'excès de la douleur vous égare un moment, Madame, et c'est un mot que votre cœur dément.
AG.NES, sans l'enteudre.
Piiilippe! mon seigneur! chère àme de ma vie
'Va! c'est bien à toi seul que je me sacrifie.
'(Jue n'es-tu, comme moi, de ces humbles esprits
<<)ui bornent tous leurs vœux sur des êtres chéris,
Et sont reconnaissants aux honneurs de ce monde
De ne pas visiter leur retraite profonde !
Nous partirions ensemble. Il est dans mon Tyrol
Des bords hospitaliers plus que ce triste sol.
0 mes bois, mes vallons, ma campagne connue,
'<>Mnme je guiderais chez vous sa bienvenue !
Immenses horizons, de quel geste orgueilleux,
•le lui déroulerais vos tableaux merveilleux!
Et quel bonheur d'entendre, à son bras suspendue,
La lointaine chanson tant de fois entendue !
— Hélas! ce n'est qu'un rêve. Il ne saurait pas, lui,
Oublier dans l'amour un trône évanoui.
Que vais-je imaginer? Un manoir d'Allemagne,
Les chants tyroliens, la paix de la campagne,
Toute cette innocence et toutes ces candeurs,
\ lui qui toml)erait du faîte des grandeurs !
Âh! l'âme, que la gloh-e une fois a touchée.
Est pour le bonheur calme à jamais desséchée;
Elle garde, en sa chute, un désespoir hautain.
Et ne peut plus rentrer dans le commun destin;
Du haut de sa ruine, elle écoute, isolée.
L'écho retentissant de sa grandeur croulée.
— Allons! j'aime encor mieux qu'il me regrette un jour,
Que si, près de moi-même, il regrettait sa cour.
Apprêtez le départ.
GUILLAUME
C'est bien.
AGNÈS
Qui m'accompagne?
GUILLAU3IE.
Moi, madame. J'irai jusques en Allemagne; Puis, au courroux du roi je reviendrai m'olïrir.
AGNÈS
Pensez-vous qu'il me laisse aller sans accourir?
GUILLAUME
TNe voudriez-vous fuir que pour être suivie?
AGNÈS
Oh! non. J'en aurais crainte... et cependant envie. Enfin, je voudrais bien qu'il ne m'atteignît pas, Mais qu'espérant m' atteindre, il tentât quelques pas.
GUILLAUME
Et, s'il vous joint, comment soutiendrez-vous sa plainte? Son premier mot vaincra votre fermeté feinte ; Et, si vous faiblissez, ne fût-ce qu'un moment, Vous perdez tout le fruit de votre dévoùment.
Hélas !
GUILLAUME
Ne faites pas un demi-sacrilice.
C'est peu de fuir le roi; qu'un billet l'avertisse