‹ Œuvres complètesChapitre 120 sur 237 · PHILIPPE-AUGUSTE, AGNÈS · texte numérisé non relu

PHILIPPE-AUGUSTE, AGNÈS

PHILIPPE

Ne craignez plus, madame; et veuillez, pour un jour, Accepter un asile en votre ancien séjour. — Qu'ils viennent maintenant, ces assassins de femme! Je suis là.

AGNES. Elle lui prend la main en s'agenouillant.

Monseigneur... "^'.

PHILIPPE

Que faites-vous, madaïue !

AGNÈS

C'est donc vous qui deviez me sauver, c'est donc vous! Ah ! laissez-moi bénir cette main , à genoux !

PHILIPPE, remettant son épéo au fourreau.

N'en parlons plus, madame.

AGNÈS

Oh! si, parlons-en ! — Sire, Vengez-vous; dites-moi tout ce que l'on peut dire;

ACTF, Q[iATIU K.MK. 201

Kcoutez mes propos, sans vous eu soiiciev:

Mais ne lu'enipèc.liez pas de vous remercier.

— Mon \ aillant défenseur! vous qui m'avez sauvée !

A quelle inorl, sans vous, étais-je réservée!

Ah! Dieu!... je savais bien que je faisais horreur:

.le n'imaginais pas pourtant cette fureur.

Saluée, en sortant, d'un sinistre murmure,

An bout de (iuel([ues pas, de mille cris d' injure.

Puis poussée, assaillie, avançant, reculant,

l'éperdue, au milieu de ce cercle hurlant

(^ui, toujours rétréci, m'avait enveloppée,

Et que Guillaume en vain coupait de son épée ,

J'avais fermé les yeux, attendant le trépas;

Quand je les ai rouverts, j'étais entre vos bras.

.l'ai vu — que vous étiez superbe de colère ! —

S'arrêter tout à coup le torrent populaire ;

Entre la foule et moi, j'ai vu, comme un éclair.

Descendre et remonter par trois fois votre fer ;

Et la place était libre; et, prompte à disparaître,

La foule s'écoulait sous le regard du maître.

C'était peu d'une armée; il a sufli du roi.

Vous seul le pouviez faire , et l'avez fait pour moi !

0 mon aveugle instinct , connue je te rends grâces !

Si je ne m'étais pas élancé sur vos traces,

Si je m'étais soumis aux ordres que j'ai lus.

Si même je tardais un seul moment de plus,

(^uel spectacle, grand Dieu ! — C'est vous que j'aurais vue,

Vous, Agnès, massacrée au milieu de la rue!...

11 fallait bien avoir hâte de nie quitter.

Pour que tant de périls n'aient pu vous arrêter.

Madame ! — Vous deviez alors parler sans feinte:

Je ne vous voulais pas retenir par contrainte; Quel que fut mon chagrin, sans vous le témoigner, Je me serais offert à vous accompagner; Vous auriez pu marcher, tranquille, sous ma garde; Car, madame, c'est moi que ce soin-là regarde. Votre père à moi seul a commis son pouvoir; C'est de moi seul aussi qu'il vous doit recevoir.

AGNÈS

L'éclat de son courroux me serait moins terrible. Cette douceur me tue.

PHILIPPE

Oh ! ciel ! est-il possible !

Quoi ! voilcà ces amours que vous juriez ici ! Quoi! vous, Agnès! — c'est vous qui me trompiez ainsi!

AG\ÈS

Mon Dieu ! soutenez-moi !

Non. Ce ne peut pas être.

Après les sentiments que tu m'as fait paraître. Ta voix partait du cœur; non, tu ne mentais pas. Explique ton billet; dis ce que tu voudras; Je crois tout, excepté ce cjui serait sans gloire. Comment même, un instant, avais-je pu le croire! Non. — Parle, Agnès !

AGNÈS

Eh bien ! . . .

PH ILIPPE.

Eh bien?

AGNÈS

La vérité , Sire, c'est que mon cœur a longtemps résisté; Mais le ciel rigoureux condamne notre flamme;

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