‹ Œuvres complètesChapitre 122 sur 237 · PUT LIPPE · texte numérisé non relu

PUT LIPPE

Et moi qui t'olVensais!

Tu t'immolais pour moi qui te méconnaissais!

— Sois indulgente ! Oublie un moment de délire : Et ne me quitte plus jamais.

AGNÈS

Ecoutez, sire :

Je suis forte à présent; cet aveu que j'ai fait A soulagé mon cœur du poids qui l'étoulTait, Et je m'en vais moins triste , et presque heureuse même De vous avoir pu tlire à quel point je vous aime. J'emporte cette joie aux pays éloignés, Que je vous suis connue, et que vous me plaignez: Je me réfugh^ai dans l'orgueil légitime D'avoir conquis l'amour d'un prince magnanime. D'avoir paru plus tard digne de le garder, L'ayant pu conquérir, et l'ayant pu céder.

— Vous, sire, soyez roi. Considérez qu'on blâme Le roi qui perd son trône aux genoux d'une femme, Et qu'envers vous le blâme aura plus de rigueui", Par le plaisir qu'on a d'insulter un grand cœur.

Or, représentez-vous la méchante victoire

ACTK nLATlUÉ.MK. 205

De tous les envieux qu'indigne votre gloire,

Si, par de fiers débuts, vous n'aviez préludé

Qu'à la piteusf! lin d'un roi dépossédé.

Ne faites pas pitié, vous qui vous fîtes craindre;

Que la haine n'ait pas la douceur de vous plaindre.

Permettez-moi de fuir, sitôt le soir venu:

Et faisons voir, tous deux, un courage inconnu,

Moi, me sacrifiant à mon amour, — vous, sire.

Sachant sacrifier votre amour à l'empire.

PHILIPPE

Périsse mon empire, avant d'être acheté Par cette ignominie et cette lâcheté !

Que moi, Philippe-Auguste, à qui tu t'es fiée. Je souffre que jamais tu sois sacrifiée! Qu'à ce moine brouillon et ce peuple mutin De mes chères amours je livre le butin ! Que tu sois la rançon qui paîra ma couronne ! Que je me sauve seul, et que je t'abandonne !

— Ames des chevaliers ! saint Georges , leur patron ! Que diriez-vous de voir à mon pied l'éperon!

(( Honni soit . crîriez-vous , le chevalier infâme ,

Qui ne tient son salut que des pleurs d'une femme ! »

AGNÈS

Ah ! je l'avais prévu ! c'est ce que je craignais !

PHILIPPE

Tu m'aimes, et tu veux que je te quitte, Agnès!

— Oh! non,

AGNÈS

Je veux partir.

PHILIPPE

Fais comme bon te semble: Mais sache aui)aravant que nous partons ensemble.

AGNÈS

Comment!

PHILIPPE

Pars, et je pars; je t'en donne ma foi. Je ne veux pas régner, s'il faut régner sans toi ; Et, quant à mes sujets, puisqu'un roi leur échappe, S'ils en veulent un autre , eh ! qu'ils prennent le pape !

AGNÈS

Philippe !

PHILIPl'E.

Laisse-moi parler à mes barons; Selon qu'ils vont agir, nous nous déciderons. Ou Rome, avant un mois, aura de mes nouvelles; Ou , seul , répudié par des vassaux rebelles , Déposé par un moine, on me verra plutôt M' exiler avec toi que te faire défaut.

— Rome n'y perdra rien ! Je voue à la vengeance Toute l'activité de mon intelligence.

Je verrais ma coiu'onne au front d'un étranger, Que je serais content, si je puis me venger. Enfin, je ne sais pas, tant cette haine est forte! Si l'amour dans mon cœur ou la haine l'emporte.

— Arrière, anciens projets! vieilles ambitions! Conquêtes, monuments, et législations!

Je recommence à vivre , et suis un nouvel homme : Dans le monde désert, je ne vois plus que Rome; C'est Rome qui m'appelle, et c'est par ses débris Que passe le chemin qui ramène à Paris.

Philippe !

PHILIPPE

Heureux sultan, qui n'as point de saint-père!

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