ACTE CINQUIEME
Si j'ai nui par mégarde à quelqu'un, qu'il se lève! Ainsi j'ai commencé, seigneurs, ainsi j'achève; Et, jusqu'au dernier jour, je prétends en user Si: bien, que mes vassaux ne puissent m'accuser.
— Or, nous sonnnes unis pour la gloire et la honte. L'ailront fait au vassal jusqu'au seigneur remonte ; Et , par même raison , l'atTront fait au seigneur Attaque le vassal dans son intime honneur.
Et puisque c'est ainsi, je ne veux pas attendre La honte qui sur moi doit aujourd'hui descendre : Savoir, qu'un moine touche à mon front dégradé. Et découronne un roi qui vous a connnandé. Son empreinte à jamais souillerait la couronne ; Je n'avilirai pas la France en ma personne. S'il vous paraît, seigneurs, qu'il faille un autre roi; Si vous me retirez ^os cœurs et votre foi; Si vous ne sentez rien, au fond de vos entrailles, Qui vous crie en faveur d'un frère de batailles. Vous, Gui de Mauvoisin, Enguerrand de Couci, Gauthier de Chàtillon, Mathieu Montmorency, Gauthier, qui m'as jadis sauvé du cimeterre, Mathieu, que j'ai sauvé de Richard d'Angleterre, Et vous tous, dont chacun, en chevalier loyal, A cent fois combattu saus l'étendard royal,
— De votre épée, alors, vous n'étiez pas avares; — Et toi, Guillaume, aussi, toi, Guillaume des Barres, Si je n'ai plus d'amis, de votre propre main Reprenez la couronne à votre suzerain; Prenez-la, j'y consens; car vous la prendrez pure. Avant qu'elle reçoive aucune flétrissure.
Vous aurez l'air du moins de suivre votre choix. Et de faire, vous seuls, ou défaire vos rois,
218 AGNES DE MERANIE.
Et moi-même, j'ai droit à ces faveurs dernières De n'être déposé que par des mains guerrières.
LES BARONS, se levant.
Sire!
PHILIPPE, étendant la main pour commander le silence.
A ce point où sont les choses aujourd'hui. Il vous faut un roi fort , et sûr de votre appui , Un roi qui de Rouen chassera Jean sans Terre, Et vous emmènera peut-être en Angleterre. Prenez donc le plus fier de ceux qui sont ici; (lardez-lui niieu.\ qu'à moi votre serment. — Voici La couronne, et voici Joyeuse : je résigne L'une et l'autre, seigneurs, dans les mains du plus digne.
LES BARONS, se levant.
Sire! sire! pour Dieu, demeurez avec nous!
GUILLAUME. cç^
Sire , nous ne voulons point de roi sinon vous !
TOUS, levant leurs épées.
Oui! oui! Philippe-Auguste!
PHILIPPE, levant son épée.
Agnès de Méranie!
Silence. Tous baissent leurs épées.
Quiconque renîra ma dame, me renie; Quiconque me voudra, barons, sachez-le bien, Doit prendre le parti d'Agnès, comme le mien; Et, pour tout déclarer, s'il veut être mon homme, 11 doit se tenir prêt à marcher contre Rome. A ces conditions je serai votre roi.
— Oi", dites maintenant si vous voulez de moi !
ACTH CFNOUIÈMF. 219